Il y aurait tant de choses que j’aimerais dire ici, mais que je dois m’empêcher d’écrire, par respect pour un ex. Même si je ne le nomme pas. Beaucoup de choses se sont passées dernièrement, des choses honteuses un peu, mais qui m’ont encore une fois prouvé que le sexe est quelque chose de bon quand on trouve la bonne personne… même si celle-ci nous délaisse de plus en plus.
Il n’est pas rentré coucher hier soir, et il ne m’a pas averti. Il m’avait promis de m’écrire pour me le dire, mais au final, comment lui en vouloir ? Même si je n’ai pas dormi de la nuit, même si je lui ai fait une scène pas possible, je sais qu’au fond, il ne me doit plus rien. Je crois que c’est le plus difficile à accepter.
On a parlé aussi de sa nouvelle relation. Et j’ai eu un pincement au cœur quand il m’a dit qu’avec moi, le sexe était souvent de la routine, que je n’expérimentais rien (pardon ?). En fait, il voulait dire que je ne prenais pas les devants pour donner de nouvelles expérimentations au couple que l’on était. Et pourtant, j’ai l’impression que ce n’est pas tout à fait vrai. Mais bon, c’est normal qu’en tant que « soumis », ce soit plus l’autre qui me fasse part des expériences qu’il veut faire. Il m’a raconté un peu ses nouvelles expériences avec son mec. Et il s’est vanté de bien baiser, ce que je confirme. Mais ça fait toujours mal quand on sait que la confirmation est donnée par d’autres. Ce serait tellement génial si on pouvait prendre les qualités et même le corps de quelqu’un pour le transposer sur le visage d’un autre !
Ensuite, il m’a encore suggéré d’aller me faire baiser ailleurs. Et j’ai finalement déballé mon sac, raconté mon expérience de samedi. J’ai senti sa surprise au départ. Et je me suis rendu compte que je venais de tuer la dernière parcelle de désir sexuel qu’il pouvait avoir pour moi. Malgré tout ce que j’ai dis : « je ne suis pas prêt à revivre une intimité avec un mec. J’aurai des amis, mais pas des baises tout de suite. Si tu pouvais me donner encore du sexe, je m’en contenterais ». Mais la vie ne fonctionne pas ainsi. Je crois que lui dire que j’avais eu une semi-intimité avec un autre a juste confirmé la fin de notre parcours à deux. J’ai testé. J’ai laissé parcourir mes doigts sur son torse nu, et j’ai eu droit à un « touche-moi pas » très sec. C’est la fin de l’histoire, le dernier chapitre. Pas de rebondissement comme dans l’épisode de la 2e année. Pas de nouvelle chance. J’ai perdu mon homme pour de bon. Déjà ailleurs. Déjà dans le lit d’un autre.
Il faut que je commence à le prendre avec sérénité. Ça fait encore parfois mal, je perds encore du poids parce que je n’ai pas d’appétit. Je me lance dans la natation, le badminton, le gym. Je tente de voir des amis, de faire de nouvelles rencontres. Maintenant, c’est clair dans ma tête, la vie doit continuer, même si cette passe de ma vie me fait chier. Ça peut toujours être pire à ce qu’on dit.
Ce soir, j’ai commencé le badminton avec Dan. On s’entend bien. On se connait et on ne se connait pas à la fois. C’était avant tout un lecteur de mon blog, il y a déjà longtemps. Il a une bonne tête sur les épaules, c’est un bon jack et un bon partenaire de sport. Et parfois, dans le flash d’un jeu de lumière du gymnase, quand il m’envoyait un sourire, j’y voyais des airs de Jean-François. Léger, mais quand même. Ce sont des personnes comme lui que je dois rencontrer, avec qui je dois me lier. Il faut que je me sorte de ma souffrance par tous les moyens.
Je quitte le pays dans un mois. Mon mois d’octobre commence à être bien occupé, et c’est tant mieux. Je sais très bien que ce sont sûrement ces 2 semaines en Europe qui changeront tout. Probablement surtout pour lui. Mon ex. Il va retrouver sa liberté, il va avoir l’appartement pour lui, pour inviter qui il veut, pour faire ce qu’il a envie. J’espère seulement que de mon côté, ce sera aussi positif. Que je vais m’ouvrir les yeux vers la vie, vers le bon chemin, vers le nouveau moi. C’est fou comme trois semaines non-stop de souffrance bouleversent quelqu’un. C’est à peine si je me reconnais dans mes agissements, dans ma façon de penser.
Ce soir, il a fait un geste banal qui a mis définitivement un terme à ce que l’on était. Il a simplement rangé sa brosse à dents dans la pharmacie, au lieu de la mettre près de la mienne dans le porte brosse à dents. Ce genre de détail change tout. C’est là qu’on y voit les indices, les annonces des chemins qui se décroisent. Quatre ans de vie. Disparu en clin d’œil par cette brosse à dents au mauvais endroit. C’est vraiment dans les petites choses que l’on se rend compte… qu’on n'est bien peu de chose finalement. Alors à quoi bon souffrir si l’on n'est qu’un grain de sable ? Il y aura un avenir plus lumineux. Bientôt. Il le faut, sinon la chute sera trop brutale.
Là où tu es, d'autres pays
Dans d'autres hommes, dans d'autres lits
Prends garde au vent
Qui parfois fait gonfler les voiles
Mais qui soudain, quand ça lui prend
S'enrhume un peu
Pour nous laisser seuls au milieu
Quand pour rentrer ne reste que
L'océan à la nage
Quand le voilier devient radeau
Quand le manque devient le trop
Quand la vie a fait rage
Mon amour j'ai pas su tenir
Les promesses du devenir
Un avec toi
J'ai plus que moi-même à qui dire
Qu'il est triste mon triste empire
Qu'il est triste sans toi
Quel océan, vers quel abîme
Dis-moi où mène ce chemin
Où tu n'es pas
Car si l'on ne meurt pas d'amour
Je peux te dire qu'il est certain
Qu'on meurt de toi
Le 27 septembre 2009
Se perdre: leçons de vie
Il faut souvent aller au plus bas de soi-même pour se rendre compte de certaines évidences. C’est ce que j’ai fait ce soir. Je me suis rendu compte que l’intimité ne pouvait pas se trouver si facilement. Ou plutôt, comme je n’étais peut-être pas comme les autres, peut-être pas aussi bien avec moi-même pour passer l’éponge et faire comme si de rien n’était. Ce soir, j’ai creusé un peu plus ma tombe, mais je crois avoir compris des choses sur moi-même que je n’aurais pas pu comprendre autrement.
Je vais peut-être regretter de raconter ça ici, mais la blessure est trop vivante pour que je puisse la taire ou la garder en dedans. La journée a bien débuté, je suis allé cueillir des pommes avec mes deux meilleurs amis. Je crois bien que c’était la 2e fois que je passais du temps seul à seul avec Thomas et Annie. La dernière fois remontait en 2007, en Ontario, alors que je venais encore de vivre la même histoire (la rupture). Nous avons été prendre un verre. J’ai annoncé les couleurs; ce soir, je rencontre quelqu’un. Un homme. Un homme avec qui j’ai parlé sur Internet. Il parle strictement anglais, il est charmant, il est né à Toronto, il a 30 ans. J’ai tenté de me convaincre que pour oublier mon ex, et surtout le sexe avec mon ex, je me devais d’aller trouver de l’intimité sexuelle ailleurs. Je ne me suis jamais autant trompé de toute ma vie.
On s’est parlé sur Internet vers 18h30. On a convenu qu’il passe chez moi, qu’on prenne un verre, qu’on voit si ça clique, et si oui, j’allais aller dormir chez lui, à l’autre bout de la ville, loin de tous les métros. Ça me faisait un peu freaker à la base, mais c’est surtout le fait qu’il ne disait pas un mot de français qui me bloquait un peu. Je me débrouille en anglais, mais bon…
Il est arrivé à 9h00 pile. Un grand jack de six pieds trois. Aimable. Charmant. Intelligent. J’étais nerveux au début. Très nerveux. Il l’a senti, mais son ton, son calme, sa sérénité m’a relaxé. On a discuté dans le divan, peut-être 10 ou 15 minutes. Il me flattait un peu, doucement, l’air de rien. Je me suis senti en confiance. On s’est embrassé, comme ça, sans que je sente de pression. Après un seul verre de vin, j’allais faire mon sac pour partir passer la nuit chez lui.
Une longue route en voiture, je me suis rendu compte que j’étais complètement bilingue. Que je n’avais aucune difficulté à parler en anglais, à me faire comprendre et à comprendre. Encore plus en confiance. On est arrivé à son appartement. Un appart typique de mec seul, rien de renversant, mais correct tout de même. Il avait une chatte. Très affective. Ça m’a rappelé Rémi, mon chaton à moi. On a glissé un film, on a repris une coupe de vin, on s’est installé collé dans le divan. Comme si on avait toujours été en couple. Il me lançait des petits compliments. M’appelant « cuttie » ou me disant « you’re a good kisser ». Au milieu du film, on a commencé à s’exciter un peu. Gentiment. Puis les choses sérieuses se sont passées. Et déjà, je n’étais plus là. Absent. Ou plutôt enfermé dans ma tête. Comparant tout. Ayant des images de mon ex plein la tête. Me demandant ce que je foutais là. J’ai décidé de passer outre. Parce que je voulais aller voir, parce que j’étais curieux, parce que merde; mon ex baise déjà ailleurs sans problème. Pourquoi pas moi ?
Eh bien non. Dans la chambre, j’ai plongé dans le vide. Fin de l’excitation. Simplement l’envie de déguerpir. Dans son calme et son charme, il a vu que je n’étais plus là. M’a demandé plusieurs fois « are you okay ? », et moi de répondre d’abord oui, ensuite que j’étais fatigué, ensuite que le vin m’avait tapé, ensuite que ça n’allait pas du tout. Il m’a pris dans ses bras, m’a flatté un peu sans accentuer le sexe. Et je me suis excusé mille fois. Déballant mon sac. Lui racontant que la même chose s’était produite la première fois que je m’étais fait laissé et que j’étais aller dans les bras d’un prince charmant… Rien à faire. Je suis resté bloqué, je ne suis pas là. C’est comme si j’avais encore 16 ans et que je devenais tout à coup gêné de l’intimité. Comme si j’avais l’impression que l’intimité, pour moi, ce n’était pas quelque chose de tangible. Je me suis mis à pleurer. À pleurer dans ses bras. Comme un gamin qui a simplement besoin de se faire prendre par sa mère. Comme un gamin qui ne sait plus où il se trouve dans un magasin. Désorienté, complètement perdu, et la honte en prime. La honte de ne pas être capable de partager une intimité, de ne pas être capable de donner à l’autre ce qu’il me donne. Non. Plutôt de ne pas être capable de recevoir de l’autre ce que je peux donner.
Il a été d’une compréhension sans borne. Me rassurant avec son anglais, qui au contraire de m’éloigner, me réconfortait. Mais déjà, je ne m’imaginais plus passer la nuit là-bas. J’ai prétexté que je voulais aller fumer une cigarette. Pour qu’on se rhabille, pour qu’on sorte, pour qu’il vienne me reconduire chez moi. Mais il ne voulait pas me laisser partir. Alors je me suis vu lui proposer de le faire venir, parce que j’avais honte d’avoir « teaser » quelqu’un comme ça, sans donner le change. Encore une fois, il a été super respectueux. Il m’a dit que ce n’était pas grave, qu’il comprenait, en me disant encore comment j’étais « cuttie ». Je suis resté dans ses bras, longtemps, les deux yeux grands ouverts, à me demander comment mettre le mot fin à cette histoire. Je voulais me lever, mais il me retenait un peu pour me garder le plus longtemps possible près de lui. Je me suis excusé encore. Disant que j’avais honte de moi. Il m’a dit de revenir quand je serais prêt.
Je lui ai proposé de venir me porter au métro. On n’a pas échangé un mot durant le long trajet. Et je dois dire que je n’ai jamais eu aussi hâte qu’une balade en auto s’achève. Je l’ai finalement quitté, en n’ayant qu’une seule idée en tête; mon appartement, mon lit, mon petit cocon. Et voilà que se clôt cette histoire qui m’aura fait réaliser que… je ne suis pas prêt à permettre à quelqu’un d’autre d’entrer dans mon intimité si facilement. Je suis incapable d’être aussi léger, de ne pas penser au passé, de ne pas penser à l’homme que j’ai eu dans ma vie depuis les quatre dernières années.
Je suis complètement perdu. Oui. Mais cette soirée m’aura appris une chose. Le cul pour le cul ne me convient pas. Quand même que la personne soit la plus gentille du monde, la plus attentionnée de toute. Je ne suis pas quelqu’un qui me partage si facilement. Et durant toute ma vie, j’aurai toujours pensé le contraire. Mais si je regarde bien derrière moi, je le comprends mieux maintenant; les réelles expériences où j’ai eu du plaisir sexuel ne sont pas nombreuses. Elles se comptent sur les doigts d’une main. En faite, je peux même dire un chiffre. 4. Tous les autres n’étaient que du vent. Des expériences dont j’ai parfois pu être fier, mais des expériences vides de sens, vides de vie. La petite mort après l’éjaculation, c’est beaucoup plus que de débander. La petite mort, c’est de se demander pourquoi on est là, ce qu’on vient de faire, à quoi ça sert. Et comme réponse, il n’y a rien. Seulement les souvenirs heureux. Les visages que l’on a vraiment aimés. Et c’est là que le coup de couteau fait mal. Quand on comprend que le sexe vide ne vaut rien, qu’il n’a aucune signification, qu’il s’oublie tant que les êtres ne veulent pas vraiment dire quelque chose pour nous.
Avant de rencontrer pour la première fois mon ex. Je m’étais juré que c’en était terminé de ces soirées d’une nuit, où après l’orgasme, on se revêt pour foutre le camp au plus vite. Et étrangement, puisque je m’étais dit cela avant de rencontrer mon ex, nous n’avons rien fait le premier soir. Nous nous sommes revu d’autres soirées. Puis nous avons vécu liés pendant 4 ans. Je connaissais déjà cette façon. Je n’ai pas d’excuse. Pas d’excuse, autre que celle de m’être fait laissé, de m’être senti rejeté, d’avoir eu envie de savoir si je pouvais plaire encore. Mais au final, la réponse n’est pas essentielle, car les actions engendrées pour connaître cette réponse me détruisent complètement. Je suis détruit. Anéanti. Capoute. Il n’y a que moi et mes sanglots. Et je ne peux compter que sur moi-même pour relativiser le tout. Pourtant, l’histoire est trop fraiche pour que j’y arrive honnêtement, pour que j’y arrive avec un peu de recul. Je suis perdu. C’est comme si j’arrive au « End of road ». Comme si je ne voyais plus ce qui pouvait arriver après cette rupture. Dans ma tête, je me dis souvent : « Si pour nous deux c’est mort, alors pour moi c’est mort aussi. » J’aimais tant la vie avant de connaître mon ex. Avant de connaître l’amour. Et plus les années ont passé, plus la désillusion s’est installée, plus l’ennui s’est fait présent. Tout ce que je voudrais, c’est rencontrer un ami, un ami qui fait battre mon cœur un peu plus chaque fois que je le vois. Mais un ami d’abord. Ensuite on verra.
J’ai pleuré dans les bras d’un inconnu, ce soir. Et ça valait probablement toutes les baises du monde. Parce que malgré l’échec physique, je me suis senti compris, aimé, et en fait, j’avais juste besoin de bras autour de moi, pour cracher cette peine, pour vomir la perte de cet amour toxique, extrême, mais Oh combien intense.
Alors voilà. J’ai besoin d’amis. J’ai un énorme besoin d’amis. De visions. De gens sur qui je peux m’appuyer. De gens qui me feront rires. Qui me feront réfléchir. Qui me feront voir la vie sous un autre visage. Seul le temps pourra me réparer. Il faut que je me reprenne en main. Que je retrouve ma joie de vivre, ma naïveté d’avant. Il faut que je m’entoure de gens honnêtes, de gens heureux, de gens célibataires qui voient du bon œil cette pratique. Il faut que je voie le célibat comme une opportunité, et non comme un défaut. Il faut que je me remette à désirer quelque chose; un but, une passion… Je suis prêt à passer à l’autre étape, à tasser la douleur, à faire les bons choix. Dans mon ancienne vie, le sexe avait la priorité numéro 1. Je suppose qu’il faut vieillir. Qu’il faut comprendre qu’il n’y a pas que ça. Il faut que je calme mes coups de tête, mes excès, les montagnes russes qui sont trop énormes dans ma tête.
Au final, à 25 ans, bientôt 26, je ne me connais pas. Pas tant que ça. Je n’arrive pas à prévoir encore d’avance les choix à faire. Et c’est peut-être ça la vie justement. Des choix impossibles à programmer, mais aussi impossibles à éviter. Il faut faire ses erreurs. Mais des erreurs comme celle de ce soir, je n’en veux plus, je n’en veux pas.
Le 24 septembre 2009
Se replacer
Pas toujours facile de faire ses propres deuils amoureux. Un lecteur me faisait comprendre que lorsqu’on se fait laisser, pour celui qui laisse, le deuil est déjà à moitié fait. C’est donc le « largué » qui doit commencer à faire le sien.
Hier, je suis allé voir Jay-Jay Johanson. Un chanteur dans les tons très dramatiques, qui parlent constamment de ruptures amoureuses. J’ai passé le ¾ du concert à pleurer toutes les larmes de mon corps. Et au lieu de me rendre encore plus triste, au final, ça m’a aidé à sortir un petit peu plus de ma peine. Pas complètement bien sûr.
Hier soir, c’était aussi notre dernière nuit ensemble, dans le même lit. Et j’étais tellement saoul que je ne me rappelle pas grand-chose. On a commandé de la pizza que j’ai payée, on a fumé notre plante placébo et je ne me souviens même pas comment j’ai pour rejoindre le lit. Je me suis endormi directement, comme une tonne de briques. Pas même eu l’idée de l’effleurer, de le tester encore une fois. Par contre, ce matin, c’était tout le contraire. Je me suis collé contre sa poitrine, je me suis serré contre son dos, j’ai longuement flatté le galbe de ses fesses douces et lisses. Mais évidemment, je n’ai pas fait plus. Il a fini par se lever pour aller faire un jogging. Voilà, c’était comme ça, c’était la fin.
Le lit est arrivé vers midi. Nous avons maintenant deux chambres dans l’appartement. Nous commençons maintenant deux vies distinctes. Il faudra m’apprendre à ne plus attendre son retour, apprendre à me foutre du fait qu’il ne rentrera pas coucher, que sa présence ne sera plus une présence réconfortante dans l’appartement. C’est l’heure officielle. Le moment de me concentrer sur moi, de cesser de voir des opportunités partout, de cesser de voir la personne des quatre dernières années comme une personne que je pouvais naturellement toucher quand j’en avais envie. Il faudrait aussi que je cesse de poser mes questions, que je cesse de tenter de me rassurer par le mal. Inutile de savoir qu’il passe la nuit avec lui. Le nouveau. Le remplaçant. Je le sais déjà de toute façon.
C’est l’heure d’occuper mes journées entièrement. De cesser de regarder le temps couler. Un petit contrat d’enseignement par-là, du bénévolat par ici, la piscine, le gym, le badminton, et surtout; rencontrer des nouvelles personnes. Sans chercher son remplaçant. C’est dur, parce que quand on est en peine d’amour, on aimerait tellement se tourner d’un côté et trouver l’amour-passion d’un seul coup. Pourtant, en ayant cette idée en tête, tout ce qu’on fait est de se décevoir. C’est un peu une improbabilité que de vouloir vite remplacer l’autre par un amour fulgurant. Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais ça ne m’est jamais réellement arrivé. En fait, je me rends compte que je n’ai jamais eu de réel coup de foudre. On pourrait parler de mon premier amour (encore), mais même là, tout s’est construit sur une longue période. Je ne sais vraiment pas ce que la vie me réserve, mais là c’est le temps. Exit la dépression. Il faut que je retrouve ma curiosité, que je redevienne moins blasé par la vie. J’ai tout pour être heureux, mais je dois donner un effort supplémentaire pour reconstruire ce bonheur. À Go, on essaie ? Go.
Le 23 septembre 2009
Montagnes russes
Ma vie est en montagnes russes depuis plusieurs jours maintenant, et je ne sais vraiment pas s’il y a un bouton « pause » ou « stop ». J’aimerais beaucoup qu’il y en ait un, car je me suis sens totalement perdu. Une journée tout va bien, j’accepte ma séparation. Le lendemain, c’est la mort, je ne voudrais n’avoir jamais vécu autant de douleur.
Je suis présentement à l’extérieur, il pleut à verse, et j’ai l’impression qu’il s’agit d’une métaphore de mes larmes. Ce qui me blesse le plus, c’est de ne plus pouvoir avoir l’autorisation de le toucher, ne plus le sentir me laisser rentrer dans son cercle, ne plus avoir le droit de lorgner son sexe d’un coup d’œil, car mon dieu que je suis pervers et déplacé si je fais ça. Et pourtant, il y a quelques semaines, j’avais tous ces droits. Je pouvais le flatter, lui caresser la joue, lui passer une main dans les cheveux… Aujourd’hui, ce sont des gestes bannis. Et pourtant, sa présence ne m’a jamais autant manqué. Je suis jaloux. Je suis jaloux de celui qu’il m’avait présenté en me disant : « Tu n’as pas à t’en faire, ce n’est pas mon genre de mec, c’est seulement un ami. » Eh oui, je suis jaloux d’un mec vraiment « average » qui a l’air d’un petit garçon « nerd » aux trop grandes lunettes pour lui. Je suis jaloux parce que mon cerveau ne cesse de les imaginer ensemble, à dormir collé, à s’embrasser, à se caresser, à simplement passer la nuit collés. Et ce qui me fait encore plus mal, c’est que mon ex a l’air heureux. Il est occupé, il vit pleinement, il n’a pas une minute à lui; alors que moi je regarde le temps passé, je réfléchis trop, je m’angoisse pour des histoires qui ne sont même plus plausibles. J’ai laissé aller ma seconde chance, et je sais très bien qu’il n’y en a aura pas d’autres. Ce serait malsain de toute façon. Pourtant, j’ai tellement ce mec dans la peau. Chaque fois que je le perds, c’est comme si on m’enterrait vivant.
Je sais, d’un avis extérieur, vous pourriez me dire : mais Max ! Vis ! Profite s’en. Rencontre. Fais d’autres expériences. Mais je crois bien que je ne suis pas rendu là, car tout ce qui m’arrive me semble une répétition d’il y a deux ans. Je me demande réellement aujourd’hui où j’en serais si en 2007 tout avait été fini pour de bon. Mais bon, à quoi ça sert de « supposer » ou d’essayer de changer le mal de place. Il est là, bien présent, comme les goûtes d’eau qui recouvrent mon écran.
Hier, je suis tombé au plus bas. Il faut dire que la veille, nous avions eu une certaine intimité. Avec protection, bien évidemment. Mais quand même, on a partagé quelque chose. Et je n’en dirai pas plus, car ça nous foutrait la honte tous les deux. Chaque fois qu’il y a quelque chose entre nous, on dirait que je revis. C’est comme si ça effaçait tout le reste. Et pourtant, ce n’est qu’un beau leurre. Alors hier soir, j’ai consommé; drogue et alcool. Pour perdre la raison. Et pour ensuite lire un simple post-it sur mon ordinateur. Le papier jaune disait : Changement de plan. Je ne rentre pas coucher. Bonne nuit.
Ces simples mots m’ont fait l’effet d’une bombe. J’ai encore craqué, alors que je m’étais promis de ne plus pleurer pour lui. On ne peut pas toujours tout contrôler. Surtout pas ses sentiments. Quand il est revenu ce midi, je n’en menais pas large. Il n’a pas compris qu’un jour j’accepte notre séparation et que le lendemain j’en pleure. Je ne me comprends même pas moi-même. I’m lost. Complètement. Et je ne sais pas ce que je désire. Je ne sais plus ce que je veux pour ma vie. J’ai 25 ans, mais j’ai l’impression d’en avoir 16, de vivre ma première peine d’amour. Et pourtant, je me rappelle de ma première peine… elle a duré 5 ans, et on en parle encore sporadiquement aujourd’hui.
J’ai décidé d’envoyer des CVs partout. Il faut que je m’occupe. Le sport, ce n’est pas assez. Oh que j’aimerais rencontrer un garçon gentil, compréhensible, avec qui je pourrais me sentir bien sans penser à mon ex. Mais je sais très bien que je rêve. Que ce genre de chose arrive toujours quand on ne les attend pas. J’ai besoin de guérir. J’ai besoin de temps. J’espère seulement que je pourrai en rire dans un an.
Le 23 septembre 2009
...
Il y a des choses qui ne peuvent être dites, ne peuvent être écrites. Elles doivent être gardées à l'intérieur, même si elles dévorent. C'est ironique. Parce qu'en principe, ce serait des choses merveilleuses de la vie. Des moments intimes intenses. Mais tout doit être gardé secret. Pour que les deux clans ne passent pas pour des cons. Pour évitez de se faire dire qu'on l'a cherché, que c'est notre faute. Et cette faute, je la prendrais encore tellement longtemps. La destruction est quelque chose qui se construit. Et je suis en train de mettre en place toutes les balises pour permettre cette explosion de douleur. Oui, je suis con. Je suis au plas bas de moi-même, pour une personne qui ne me respecte plus. Et pourtant, je sais très bien que je recommencerais demain matin à revivre tout ce drame. Day that you go... Day that you go on his bed. With him. 100 miles from me. With your new one. With your new love. And I'm still there. Waiting for nothing. Waiting for a little bit of love, a love that you can't give me more. I'm lost. I'm lost and I just wanna end all of this bad dream. I miss you. But you don't care. You're too busy. Too busy to see that someone here care about you. Care too much. But it's my own problem, it's my own darkness. You watch me felt, you watch me die a little bit each day. How to disappear completely and never be found. Fuck you. I'm nothing for U anyway. Just a best way to make cash easily.
Le 19 septembre 2009
Une journée de grand air pour laisser les idées noires s’évader
Les deux derniers jours que je viens de passer m’ont été, je crois, très profitables. Je me suis mis à réfléchir sur ma vie, sur mes relations et surtout sur ma dernière relation amoureuse. Je crois que j’ai évolué. Du moins, j’ai appris une chose; la maturité ne vient pas avec l’âge.
Vendredi soir, j’ai retrouvé mes deux meilleurs amis pour boire une bière dans la cour de mes parents. Chaque fois que ça arrive, c’est toujours l’appel à la nostalgie, car Dieu sait qu’on en a passé des soirées à discuter dans cette balançoire; et ce, pour tous les segments de ma vie. Que ce soit dans les premiers soubresauts de mon adolescence, ou avec ma première copine officielle, ou avec mes 4 amis de carré d’un temps révolu, cette balançoire en a entendu des vertes et des pas murs !
Hier soir, c’était l’heure de me remonter le moral en raison de la perte de mon amour. Et je dois avouer que mes amis n’ont pas été tendres envers l’homme que j’ai aimé depuis 4 ans. L’un d’entre eux m’a même dit qu’il avait été déçu en apprenant que je retournais vivre avec mon ex au mois de mai. Ce sont des choses qui arrivent. On ne contrôle pas les amours de nos amis. Et je suis bien heureux qu’ils aient tout de même respecté mon choix. Par contre, par leurs questions, j’ai réalisé beaucoup de choses. Ils m’ont demandé ce que mon ex m’avait appris. J’ai tenté de répondre, de parler de sexe, mais ils m’ont demandé d’axer cela sur la vie. Qu’est-ce mon ex m’a appris de la vie ? Bonne question. C’est troublant quand on y pense. Nos conversations étaient rarement en profondeur, il ne posait vraiment pas beaucoup de questions, il ne s’intéressait pas beaucoup à ce que j’écrivais. En fait, je me suis rendu compte que ce qu’il m’avait appris ne venait pas directement de lui, mais plutôt des circonstances de la vie et des événements. L’autre question c’est; faut-il vraiment apprendre des autres ? Je crois tout de même que oui. Mon ex m’a appris des trucs à faire en cuisine, il m’a appris à aimer certains groupes de musique ou certains plats, mais sinon, c’est plutôt le vide. Quand il m’a laissé, il a dit qu’on n’avait aucun point en commun. Je me suis alors demandé s’il fallait absolument avoir des points en commun avec son amoureux. Je ne sais toujours pas vraiment ce qui est le mieux.
Jeudi, j’ai eu une très grosse crise de larmes. Il m’avait écrit qu’il ne rentrait pas coucher. Avec un bonhomme sourire. Et je lui avais répondu du tac au tac : « Éclate-toi bien avec ton nouveau boyfriend ». J’ai ensuite pleuré à le haïr. À la haïr parce que j’étais encore dans le déni, n’étant pas capable de m’avouer qu’il pouvait me faire ça pour la deuxième fois, et que pire encore, il voyait réellement quelqu’un, quelqu’un qu’il a osé me présenter deux jours avant de faire des trucs avec. Je me suis agrippé au comptoir de la cuisine, la tête plongée dans le lavabo, avec cette envie de vomir en bouche, comme si j’avais pu arriver à rejeter cette boule de tristesse. Mais la tristesse ne part pas facilement. Elle se calme. Elle disparait peu à peu au fil des jours. Ça fait maintenant deux jours que je n’ai pas pleuré.
Et je continue ma réflexion. Ce qui est arrivé était à prévoir, mais je m’aveuglais. Je m’aveuglais totalement, parce que je me sentais somme toute bien dans cette relation un peu toxique. La communion sexuelle qu’on avait me voilait tout le reste. Or, de son côté, mon ex ne pouvait pas se contenter de cette communion sexuelle pour ne plus voir les éléments qui ne fonctionnaient pas. Et pourtant; s’il avait bien une grande qualité, c’est de savoir baiser, de savoir dominer, de savoir prendre le pouvoir, l’imposer, me soumettre au point où je n’avais plus besoin de me toucher pour en jouir. Rien à voir avec la pénétration d’ailleurs. Seulement les circonstances, les actes, la façon de parler, le regard dur, mais pervers. Ich… On dirait que de nommer tout cela me rend triste. Triste parce que ce que je perds est immense de ce côté-là. Et c’est toujours la même question; quelle sera la suite ? Vais-je rechercher à jamais des mecs qui lui ressemblaient ? Des mecs capables de me soumettre ?
J’ai longtemps dit que j’étais soumis au lit et dominant dans la vie. Mais il est vrai (et mes amis me l’ont fait remarqué) que je suis devenu soumis dans la vie aussi. J’ai perdu peu à peu ma joie de vivre, j’ai perdu l’usage de ma parole, le fait de pouvoir s’exprimer pleinement, même pour des niaiseries. Je l’ai tellement perdu que j’ai commencé à marmonner. Et pourtant, on me donnerait le choix de refaire les mêmes erreurs, et je recommencerais tout de suite. Parce que même si mon ex était dominant, il savait se faire tendre, il savait s’occuper de moi (en tout cas, au début de notre relation surtout). Mais bon, ce que je voulais dire, c’est que c’était à prévoir. D’abord parce que depuis notre déménagement, il ne m’avait pas dit « Je t’aime » une seule fois. Même quand je lui disais, il se contentait de murmurer, de sourire, de tourner la tête même. Je mettais ça sur ma faute; j’avais peut-être trop chialé sur l’heure du souper, ou peut-être que je ne prenais pas assez soin de lui, que je ne lui offrais pas assez de cadeaux, de surprises, de je ne sais quoi. La routine nous fait perdre la petite magie. Souvent. Et les chicanes ajoutent toujours un goût amer. Au final, on baisait, on faisait la cuisine, l’épicerie, un peu de ménage, on voyait des amis et on buvait. Et il y a deux ans, on se droguait. Complètement. Chaque jour. Je n’arrive pas à croire que j’ai perdu une année à fumer de la drogue dans un appartement. Pour vivre une sexualité toujours plus intense. Mais bordel ! Qu’est-ce que c’était bon. Si je pouvais m’y transporter une toute petite fois, juste pour le revivre un moment. J’ai cette mauvaise impression que ce sera très dur à battre; son petit corps si doux, son sexe magnifique, son attitude et toutes les mises en scène qu’il faisait pour moi.
Mon ex est quelqu’un qui n’est pas stable. Ce que je veux dire, c’est qu’il a changé de domaine d’études trois fois, qu’il a changé de travail trois fois aussi (et ce, au cours de la dernière année !) et qu’il m’a laissé une fois, a repris, puis m’a relaissé. C’était réellement à prévoir, je suppose.
Il m’a écrit. Il m’a écrit parce que je lui avais écrit qu’il me manquait. Il a dit : « je sais que je te manque, ça se voit et ça se sent. Je dois prendre mes distances pour t'aider le plus possible à passer à travers cette épreuve. Je ne peux pas te consoler ou te serrer dans mes bras, ce n'est pas le rôle d'un ex... j'espère que tu comprends que je veux que tu te sentes mieux. »
Il a tout a fait raison. Et pourtant, de l’entendre, c’est comme si le monde s’écroulait. Il voudrait que je me sente mieux, que je me sente bien comme lui présentement. Défi difficile. Mais défi que je veux réaliser. Je ne veux pas me sentir abattu comme la première fois en 2007. Et je me souviendrai toujours de la soirée décisive; en octobre, alors que j’étais allé à son travail, pour le voir. Je l’avais regardé longtemps, la larme à l’œil, je lui avais souhaité d’être heureux, puis je l’avais vu partir sur son vélo, avant que la pluie ne commence à tomber doucement. C’était l’image finale que je m’étais faite dans ma tête. L’image ultime, la dernière fois que je le voyais pour de vrai. Et pourtant, après 3 mois de séparation, il m’avait rappelé le soir même de nos adieux. Pour me dire qu’il était prêt à nous laisser une autre chance. Et je me rappelle du cul, pendant ce laps de temps. C’est là que le côté plus pervers s’est développé, que l’autorité a pris de l’ampleur. Il me dominait totalement, parce que j’étais à sa merci, mais aussi parce que je voulais le revoir; j’étais prêt à tout faire. Aujourd’hui, il refuse que l’on couche ensemble. C’est frustrant (même si c’est mieux ainsi). Je ne peux m’empêcher d’en avoir envie, même si je sais que ça n’arrivera pas. Je dois mettre le tout dans une boîte. La ranger le plus loin possible.
Je veux être heureux. Je veux retrouver le Max que j’étais avant. Celui qui avait du leadership, celui qui parlait à haute voix, celui qui avait mille projets à la fois. Quand je discutais avec mes amis hier, la conclusion n’était pas rose : « Plus d’étude, pas de job et pu de chum ». Qu’est-ce qui m’attache réellement ici ? Outre la famille et les amis, c’est un vide immense. Mais je commence à le voir comme un entre-deux positif. Il faut que j’y voie une renaissance. Il faut que je me botte le cul pour tourner à l’intersection.
En coupant les cèdres autour de la maison familiale aujourd’hui, la révélation s’est faite d’elle-même. Ma voisine est arrivée en auto. Elle est un peu plus vieille que moi. On discute souvent quand on se voit, car notre jeunesse nous met sur la même longueur d’onde. Je n’avais même pas fini de lui demander comment ça allait qu’elle me tombait dans les bras en pleurant. Pauvre petite. Elle va perdre sa mère d’ici six mois. C’est d’une tristesse absolue, c’est cruel, c’est méchant. Elle va perdre sa mère de 58 ans. Triple Cancer. Elle s’est excusée de pleurer, en s’éloignant un peu. Mais je suis revenu la rechercher, pour la resserrer dans mes bras, parce que je sentais qu’elle se retenait trop de pleurer, il fallait que ça sorte. Elle s’est agrippée à mon dos, en me serrant comme si la douleur la faisait basculer. Et sur le moment, j’ai eu envie de pleurer avec elle. De pleurer pour elle. Sans penser à ma petite histoire banale. Sans penser que mon ex est allé baiser ailleurs pour trouver une excuse pour me laisser. Ce n’est que cocasse, c’est si peu important. Mon petit problème me paraissait tout à coup bien minime. Je ne sais pas si c’était un message de la vie, mais si oui, je crois qu’elle a bien joué ses cartes la vie, parce qu’avec ce moment, j’ai réussi à passer l’étape du déni. J’accepte de me faire laisser. J’accepte de le laisser partir. Nous n’étions pas heureux, même si nous étions satisfaits au lit. Je vais m’ennuyer de son corps, de sa peau, de son sourire, de son odeur et de tout ce qui m’a fait tomber amoureux de lui. Mais il est temps de ranger la boîte, de faire le deuil et d’accepter mon sort.
Le 17 septembre 2009
Retenir la douleur pour la vomir plus tard
Oh que non, oh que je ne vais pas bien. Je croyais vraiment réussir à voir tout ça d’une façon plus rationnelle, mais j’en suis incapable. De le voir vivre sa vie en parallèle, sans jamais qu’elle ne croise la mienne. Même les choses qu’on fait ensemble ont un goût terne, parce qu’ils ne promettent aucun avenir. Et moi de lui lancer un truc stupide comme : « Si on n’a personne chacun dans 10 ans, on pourrait peut-être se revoir. » Et lui de me répondre du tac au tac : « Je ne serai probablement même plus au Québec dans ce temps-là. On va être dans des endroits bien différents. » Et la gorge se serre, tente de ravaler la boule de tristesse. Un sourire, un sourire pour cacher la peine.
Encore beaucoup de pleurs hier. Il me répète sans cesse que j’aime souffrir, qu’en fait j’aime entendre des trucs qui me font souffrir. Alors je pose des questions. C’était comment avec l’autre ? Mieux que la première fois ? Il me répond : « Tu connais ma règle du restaurant. C’est la même. Il faut toujours essayer une deuxième fois. Oui, c’était bien meilleur. » Au départ, avant de répondre, il n’avait pas bien compris, il pensait que je parlais de notre deuxième fois (depuis notre séparation). Je ne parle pas de relation sexuelle. De simples branlettes, histoire de photographier son sexe dans ma tête, de tenter de me souvenir de ses odeurs… mais tout s’efface déjà. Bref, il s’est mis à rire de façon ironique, comme si notre dernier acte intime ne valait vraiment rien.
Il m’a suggéré d’aller en baiser un autre. Pour le fun. Pour me changer les idées. En fait, c’est comme si de son côté, il avait pu me rayer de sa tête et de son cœur en moins de quelques jours. Et quand je lui demande depuis combien de temps il pensait à me laisser, il me répond que ses premières impressions venaient de notre trip au chalet en Ontario, où mes amis lui disaient qu’ils ne savaient pas comment mon ex faisait pour vivre en appart avec moi. C’est ironique qu’une constatation de mes meilleurs amis me fasse perdre l’amour. Je dois le mériter à quelque part, je suppose. Ensuite, j’ai eu droit à : « Tu es quelqu’un de trop égocentrique, de drama Queen, qui n’arrive pas à vivre en communauté. » Ouch. Ouch. Ouch. Coup de couteau sur coup de couteau.
Et le pire, c’est lorsque ma mère téléphone, et me demande s’il a quelqu’un d’autre dans sa vie. Je réponds : « il voit quelqu’un d’autre ». Ça ne lui a pas plus du tout à mon ex, que je dise ça, alors qu’il avait seulement essayé le « restaurant » deux fois. Et de l’imaginer, corps à corps avec un autre, à rire et à se toucher, directement, là où les hommes aiment recevoir le plaisir. C’est comme si on m’arrachait une partie de mon âme, mais que celle-ci continuait toujours à vivre dans le corps d’un autre. Je suis en train de me détruire complètement. Je n’ai plus de motivation pour rien, plus de plaisir pour rien, plus de désir pour rien. Pas envie d’un autre mec, pas envie d’un autre corps.
Et hier, il avait invité un ami à souper. On a bu quelques bières. J’ai eu l’impression que tout allait bien. Mais parait-il que j’ai lancé des piques blessantes. Ah bon ? Je n’ai même pas souvenir. Je me suis excusé. Et mon ex, de me répondre : « C’est à toi-même que tu devrais t’excuser de ne même pas te souvenir des choses méchantes que tu dis. » Et il me raconte que même son ami a trouvé que j’étais trop cruel avec le pauvre petit ex. Après m’être fait jeté et trompé, me voilà sermonné, car je suis le méchant dans l’histoire, je suis celui qui a tout gâché je suppose.
Je suis allé à la piscine avec mon amie Annie. Elle me pousse dans le dos, me dit que je ne dois pas rester dans cette situation, que je vais perdre des mois de ma vie à tenter de jongler entre la douleur et le vide, à ne pas être capable de vivre ma peine complètement, car l’espoir de le voir vivre près de moi me donnera encore plus d’espoir vain et inutile. Il y a deux ans, quand cette histoire s’était produite, au moins, il y avait le « challenge » de reconquérir le cœur de l’homme aimé. Aujourd’hui, c’est l’échec assuré. Et moi, de me souvenir de ma propre promesse : « Je ne souffrirai plus pour ce mec s’il me relaisse. » Voilà qui est fait, et me revoilà complètement anéanti.
Hier soir, je lui ai demandé la permission de le coller pour dormir. Il accepte, même s’il sait que j’aurai encore plus mal le lendemain. Et voilà bien ce qui est arrivé au réveil; me retrouver dans ses bras, à l’embrasser dans le cou, à refuser le lever du corps, simplement pour rester dans le rêve, histoire de me dire « encore une minute, une seule minute de ce petit confort, les lèvres collées contre sa nuque, le ventre derrière son dos chaud. » Il m’a d’ailleurs demandé quand j’aurais mon lit à moi. Il en a marre, ça se voit. Et il en a marre de me voir triste aussi. Il trouve ça pathétique. Et je le suis, certes. Alors, je tente de ravaler la peine pour la vomir plus tard.
Le 14 septembre 2009
D'abord le rêve, ensuite la constatation
Je reviens d’une fin de semaine à Québec plus grande que nature. Jamais je ne me serais payé un tel luxe. Tout a commencé quand j’ai remarqué que VIA Rail faisait des prix de billets de train à rabais. J’ai saisi ma chance, acheté deux tickets. J’avais pensé à mon « chum » au début, mais comme je me disais qu’il allait sûrement travailler toute la fin de semaine… et j’étais loin de m’imaginer qu’il allait encore me dumper… Bref, j’ai choisi de partir avec mon amie Annie. Elle travaille pour une agence de voyages et elle avait réussi à avoir quelques deals pour notre séjour à Québec, dont un resto payé à l’Astrale, le restaurant qui tourne…
Honnêtement, avec tous les derniers événements que j’ai vécus, je ne m’attendais à rien. Je n’avais qu’une envie; partir et me changer les idées. J’étais loin de croire qu’on allait être traité comme des rois.
J’ai eu la brillante idée de prendre un « red bull » avant le départ, chose qu’il faut que j’apprenne à ne plus jamais faire. Ça me stresse raide, en plus de me donner des bouffées de chaleur immenses. En prime, depuis que je me suis fait laisser, je ne mange presque plus. Déjà perdu six livres. Ça m’arrange, je l’avoue. C’est peut-être le seul point positif d’une rupture.
J’étais donc assez bizarre quand j’ai rencontré mon amie à la gare. On a pris le train à l’heure et on est arrivé à Québec vers 20h. L’attente au comptoir de l’hôtel pour obtenir les clés a été mortelle, mais elle valait foutrement la peine. Quand l’employée a nommé le nom de mon amie et de sa compagnie, on a tout de suite senti le ton s’adoucir et devenir mielleux. La fille a appelé le maître d’hôtel au téléphone pour le faire venir, et il nous a accueillis comme si on était le frère et la sœur de Paris Hilton ! Tout de go, il nous a offert le repas du soir. On a été un peu pris au dépourvu, et il nous a laissé le temps de réfléchir et d’aller à notre chambre. On devait aller manger un club sandwich au St-James, mais on s’est dit « fuck off ! » On est descendu au resto après avoir déposé nos bagages dans une très belle chambre où un petit cidre de pomme nous attendait avec des pommes, des fraises et du chocolat.
On a tellement bien fait d’accepter de se faire payer… un couvert à 70$ par personne ! Des homards à volonté ! Je dois avouer que je n’en avais jamais mangé. Autour de cela, il y avait vraiment un festin de fruits de mer, et je me suis étonné à manger de tout : saumon froid et chaud, coquille st-jacques, pétoncles, grosses crevettes, salade de thon, crabes, etc. Je pense que je n’avais jamais mangé autant de fruits de mer de toute ma vie. Et de savoir que je ne payais pas un rond m’a aidé à tout essayer ! On s’est pris une bouteille de blanc pour arroser le tout. C’était « chill »; de bonnes discussions avec mon amie, une serveuse super sympathique et même un vrai saxophoniste qui se promenait entre les tables ! On était comblé !
En soirée, on rencontrait des amies de passage dans la ville. On est sorti au « Drag », le seul bar gay de Québec (je crois). D’abord, je dois dire que les mecs de Québec sont vraiment cutes. Il y a un concentré de beaux mecs là-bas, c’est fou. Par contre, malgré ces beautés, je me suis surpris à m’emmerder. Ce que je voyais comme stéréotype autour de moi me rendait triste, me faisait penser à l’homme qui m’a jeté, à la façon dont j’étais bien blotti dans ses bras, la tête nichée dans son épaule ou au creux de son aisselle réconfortante. Aaaah… Il m’a dit que je ne réalisais les choses qu’en « recevant une claque dans la face » (comme me faire laisser). Oui, il a raison. Je tiens toujours tout pour acquis tant que je ne le perds pas. J’ai beau dire que je vais changer, que je vais mieux réfléchir avant de parler, avant de piquer… il faut que je reçoive une claque dans la face comme un « c’est fini » pour me rendre compte de l’importance de l’autre et de tout ce que j’ai laissé filer (encore une fois). Il faut choisir ses batailles. Le problème, c’est que quand quelque chose ne fait pas mon affaire, même si c’est un truc minable, je fonce tête devant et j’argumente. Comme quoi on n’apprend pas si facilement… ou du moins, on ne change pas.
Devant tous ces jeunes mecs au même regard, aux mêmes manies, je me suis senti encore moins certain pour l’avenir. À quand un autre amour ? Un bon ? Un amour sans passé ? Où tout peut repartir simplement ? Je n’ai pas l’impression que c’est pour bientôt. J’imagine déjà mon ex me dire qu’il a rencontré quelqu’un, alors que je vais toujours sentir la place vide près de moi. Bon, je suis peut-être trop pessimiste.
Samedi, on s’est levé pour aller déjeuner au club exécutif de l’hôtel. Une salle réservée aux habitués, avec vue sur le Vieux-Québec. On avait un tour guidé à 13h30 et ce fut très intéressant, quoiqu’un peu long (3h). On a rencontré une fille de Belgique et un vieux couple d’Avignon. On a ensuite été prendre une bière sur une terrasse. On s’est fait servir par un bel homme, sympathique comme tout. Je crois que si j’avais à déménager à Québec, je le ferais pour les hommes. Carrément.
On est ensuite allé prendre des hors-d’œuvre au club exécutif, puis comme on avait accès à la piscine, on en a profité aussi. Quand je suis rentré au vestiaire, un beau jeune homme se changeait. Des fois, j’aurais tellement le goût d’aborder les mecs direct, malgré le risque de recevoir un coup de poing sur la gueule. Même après la baignade, j’en ai vu un autre qui semblait me présenter son cul. J’adore la natation pour ça sérieux ! Et je n’ai plus aucune gêne à me foutre à poil, ah ! ah !
Après la piscine, on est allé manger à l’Astrale. Encore une fois, on s’est fait accueillir comme des rois. Avec une table en face de la fenêtre pour bien voir la vue. Le repas était moins bon que la veille, mais ils nous ont aussi offert la bouteille de vin rouge à 50$ ! Appart le 20$ de pourboire qu’on a laissé, ça nous a rien coûté ! C’était vraiment « chill ». Au début, on s’attarde vraiment à la vue, mais surtout au fait qu’on tourne. Avec le temps (et l’alcool), ça s’apaise.
Et c’est là que mon amie Annie et moi on a probablement eu l’une des meilleures conversations. En plein milieu du repas, elle est restée figée vraiment intensément, au point où je croyais qu’elle allait être malade. Non. Elle venait de se rendre compte que nous n’avions pas ouvert nos lettres « 1 an plus tard ». Ce sont des messages que l’on s’écrit à nous-mêmes pour dire ce que l’on pense que l’on fera ou vivra l’an prochain à pareille date. C’est aussi des lettres qu’on écrit aux autres pour leur dire comment on les voit dans un an. Et c’est là qu’on s’est rendu compte que les autres n’y étaient plus. Disparus. Partis. Abandonnés.
Sur notre carré, François a quitté en 2007, Simon a suivi dernièrement, disparu cet été, dans des circonstances nébuleuses. En observant vers l’arrière, c’est là que j’ai réalisé qu’il n’y avait vraiment plus beaucoup de gens autour de moi. Honnêtement, maintenant que je viens de me faire laisser en plus, je peux vraiment compter les gens que je fréquente assidûment sur les doigts de ma main. Les gens qui comptent; il n’y a en a pas des tonnes. Loin de là. C’est la fatalité de la vie, je suppose. Plus l’on avance, et plus les routes se séparent. C’est parfois voulu, mais c’est aussi parfois un simple voyage. Ce qui est triste, c’est que les gens de qualité que l’on perd sont difficilement remplaçables. On dirait que tout se soustrait et qu’il est difficile d’ajouter de nouveaux « vrais » amis passé l’âge de 25 ans. Je souhaite me tromper, réellement.
Pour l’instant, les 5 ou 6 personnes qui ont encore de l’importance me tiennent d’autant plus à cœur. Surtout Annie, Thomas et Jonathan. C’est le petit noyau de réalité amicale qui me tient ancré ici, qui me donne encore le goût de voir du positif là où mon âme détruite ne voudrait que plonger dans le noir. Car avouons-le; il n’y a plus grand-chose qui me retient ici. Plus de copain, pas de job, pas d’école ni d’études. C’est comme un trou noir, une étrange sensation de flotter dans le vide, de me regarder vieillir parce que je n’ai que ça à faire. Pourtant, je ne veux prendre aucune décision précipitée. Je ne sais pas ce que je veux en fait.
Je suis dans le train de retour vers Montréal. Et les amitiés se suivent comme les rails. Certaines restent parallèles pour la vie, alors que d’autres ne se croiseront qu’une seule fois.
J’ai décidé de vivre à la minute. C’est moins engageant. Pourtant, de retour à l’appartement, le silence m’attendait. J’ai passé la nuit seul dans mon lit, à m’éveiller en sursaut, l’oreille tendue pour voir s’il n’arrivait pas. Je ne sais pas ce qui m’attend, mais j’espère que ce ne sera pas toujours aussi froid.
Le 7 septembre 2009
La moitié détachée
Après 48 heures sans se voir, en me réveillant ce matin, voilà ce qui m’attendait : « Il faut qu’on se parle. »
Oui, le fameux « Il faut qu’on se parle », comme dans « Je t’ai trompé et c’est fini entre nous de toute façon ».
J’essaie de rester fort. De ne pas montrer que ça me perturbe. Après un deuxième échec, on devrait être plus fort, on devrait s’y attendre un peu plus. Je ne sais pas si me convainc moi-même ou quoi que ce soit. Je me sens juste un peu vide en dedans. Perdu aussi. Pas de job. Pu de chum. Je n’ose même pas penser à la logistique du futur. Déménager ? Prendre un coloc ? Vivre avec son ex ?
On a beaucoup parlé. Il m’a dit qu’on n’avait aucun intérêt commun, qu’on ne faisait que s’auto-influencer à prendre de la drogue, à consommer de l’alcool. Je sais qu’il n’a pas tort. Je me demande seulement pourquoi il voulait tant revenir vivre avec moi. Il me connaissait. Il savait qui j’étais. Jamais je ne croirai qu’on peut être assez naïf pour croire que l’autre changera complètement. Il savait comment j’agissais, je savais comment il réagissait.
C’est con, oui c’est con. Quand il m’a laissé la première fois, je débutais à peine ma maîtrise. Maintenant que je l’ai terminé, le revoilà qui me laisse une deuxième fois. La vie est ironique. Je me souviens aussi que la première fois, j’étais très excité (avant de savoir), parce que j’avais décidé de rééditer mon premier roman. Aujourd’hui, je me dis que c’est parce que j’ai commencé mon nouveau roman hier, que ça arrive comme ça.
Je pourrais tenter de trouver toutes les excuses possibles, mais reste que j’ai eu ce mec dans la peau. Et que même après m’être fait laisser, nous avons baisé encore comme si c’était la première fois. Je ne veux pourtant pas m’accrocher comme la première fois. C’était trois mois de souffrance intense, inutile peut-être même. Il m’a dit qu’il voulait qu’on essaie de vivre comme des colocs, car il veut qu’on soit amis. Je me demande alors comment cela se fait-il qu’il pourrait me supporter en tant que coloc, mais pas en tant qu’amour. C’est un peu étrange.
Alors me revoilà à la case départ. Célibataire. Un mot que j’ai tant détesté en 2007. Mais je pense que j’ai beaucoup plus de recul. Que je ne ferai pas les mêmes erreurs que la première fois. Je n’ai pas envie de me détruire pour cette histoire. C’est comme si c’était une répétition. J’ai envie d’affronter comme un homme. De sentir un renouveau, une révélation.
Pourtant, Dieu sait qu’il va me manquer. Que son odeur, son sexe, son corps vont souvenir apparaître dans mes souvenirs. Et je sais très bien que ce n’est pas demain la veille que je rencontrerai l’homme de ma vie. Je suis un peu désabusé présentement. Normal, oui normal.
Il « choisit » toujours les pires moments pour me laisser. Toujours quand il fait vingt degrés dehors, que le soleil est beau et chaud. On dirait que le vertige est toujours plus grand dans ces cas-là. Encore une fois, je vais le dire : la vie est une succession de départs et d’arrivées, où l’on ne peut pas contrôler le laps de temps passé avec ceux qu’on aime.
Le 4 septembre 2009
Fin des 25 ans, fin de l'étudiant
Eh bien, voilà. Mon silence des derniers jours prouve que j’ai tout donné, que je n’ai pas laissé une minute s’échapper, que tout le temps était dédié au travail; rédaction, correction, recorrection, reformulation, réorganisation…
Le matin du dépôt, mon chum devait me réveiller à 8h30 avant de partir travailler. Il ne l’a pas fait. Résultat ? Je me suis levé à dix heures, en panique, car le mémoire n’était pas encore imprimé. Je n’étais pas au bout de mes peines. Après avoir tout imprimé, je me suis rendu compte que je n’étais pas dans les « normes » en raison de mes marges trop minces. J’ai dû refaire la mise en page complète du mémoire, à midi, deux heures avant le dépôt. C’était comme un épisode de 24 heures Chrono. Après avoir fait la nouvelle mise en page, je me suis ensuite rendu compte que je dépassais le nombre permis de pages (j’en étais à 133, alors que c’est gros max. 120). J’ai donc dû réduire mon caractère d’un point, pour finir à 108 pages, le cœur battant, encore en train d’imprimer vers 1h20 de l’après-midi. Pas de trous de fait dans mes feuilles, pas de disposition dans les cartables. J’ai eu des sueurs froides. Attendu 15 minutes au centre d’impression du coin pour faire faire des trous.
Je suis finalement arrivé à 14h20 au bureau de ma directrice de mémoire. La porte était close et il y avait un message. Elle était en train de donner le sein à son nouveau-né ! Rencontré Julie, une collègue, qui « rushait » avec sa table des matières. Quelques minutes plus tard, j’étais dans le bureau de ma directrice, à vérifier les pages des deux copies du mémoire, à croiser les doigts pour ne pas entendre de mauvais commentaires dans sa voix. Il y en a eu un; « la notation des pages n’est pas partout la même ». Bon, ce n’est pas dramatique. On a signé mille papiers, on s’est promené vers le secrétariat. C’est moi qui déposais mon mémoire, mais c’est elle qui avait tous les éloges, car elle trainait son petit attaché à elle. C’était cute, et je m’en foutais bien, à vrai dire, de ne pas avoir d’attention. Tout ce que je voulais, c’était remettre ce foutu mémoire. L’oublier pour quelque temps, en espérant recevoir un « Success » d’ici un mois et demi. Pour ça, on verra.
J’ai remercié ma directrice. Enfin, elle allait pouvoir cesser de travailler sur mon cas et s’occuper à temps plein de son bébé ! Je suis parti avec une autre copie de mémoire, à porter dans le bureau administratif de McGill. La dame parlait à peine français. Mais j’avais le cœur si léger que je m’en foutais éperdument. Elle m’a félicité, m’a offert un crayon « Success » (avant même de savoir si le mémoire allait être accepté) et je suis parti.
J’ai descendu la colline du bâtiment des Arts à la rue Sherbrooke. J’ai regardé tout autour les initiations des nouveaux étudiants, qui eux, commençaient les études. Et je me suis dit : « Je crois bien que pour moi, c’est bel et bien fini. » Je n’ai eu aucun regret, aucune rancœur, aucune tristesse même. Je ne me suis pas senti si libéré non plus. En fait, ce sont déjà les questionnements pour la suite qui m’intimidaient; « What’s next ? » Que faire ensuite ?
J’ai décidé de laisser ce questionnement de côté, pour deux semaines. Il fait encore beau dehors. C’est juillet en septembre. Comme on en a l’habitude depuis 3-4 ans. Je travaille un peu sur Internet, je regarde les offres d’emploi une fois de temps en temps. J’envoie un CV ici et là. Mais sinon, c’est le temps libre. C’est retrouvé la lenteur de la vie. C’est retrouvé les mauvaises habitudes aussi. Pour les éviter, j’ai décidé de me lancer dans le sport. N’importe quel sport. J’avoue que ça m’a pris du temps à comprendre. Comprendre qu’il fallait quelque chose; une activité, un loisir, une passion autre que quelque chose de sédentaire. Je pensais que c’était assez avec mon gym à l’intérieur, mais non, au contraire, ce qui manquait, c’est le contact humain. Et voilà mon nouveau plan; refaire mes contacts humains. Depuis plusieurs années, c’est de plus en plus difficile de rencontrer des gens intéressants, de faire quelque chose avec eux. Mais surtout, de faire autre chose que de boire de l’alcool assis autour d’une table. En fait, c’est le gros « hic » de mes amitiés. Tout est toujours lié à la consommation. Ce n’est pas mal en soi, mais c’est si répétitif qu’au final, les souvenirs de jeunesse ne sont que des noms de bars et de terrasses qui passent et qui se ressemblent. En prime; quelques incompréhensions et des brouillages d’amitié en raison de l’alcool. Je me suis rendu compte qu’il me fallait plus. Surtout si j’allais tomber dans une routine de travail.
J’ai décidé d’affronter ma hantise : l’eau. J’ai décidé que le premier sport que j’allais pratiquer allait être la nage. Faire des longueurs. Et j’ai tenu parole. J’y suis allé, un peu stressé, mais au final, je me suis rendu compte que j’adorais ça. Et j’ai même eu droit à quelques surprises dans les vestiaires ! Je compte bien y aller au moins 2 fois par semaine, et comme j’y vais avec mon amie Annie, on essaie de s’automotiver. Car ça n’a pas été facile ! La première piscine qu’on a faite était fermée pour cause de rénovation. On a dû revenir chez moi pour regarder les autres choix, et au final, on est allé ailleurs. Je suis très satisfait de ma détermination.
La prochaine étape, c’est le badminton. Comme le tennis intérieur coûte une fortune, je me suis dit qu’on bougeait autant avec le badminton, c’est juste moins cher et plus facile à gérer. Je pense avoir trouvé un partenaire. Un mec que j’ai vu seulement 2-3 fois il y a 5 ans, mais qui a « repoppé » sur mon MSN. Je ne sais pas si la chimie sera au rendez-vous, mais je prends une chance. C’est quand même difficile de changer les habitudes des gens et de les entrainer dans les sports. Je peux comprendre aussi que certains sont tout simplement crevés après une journée de travail. Reste que ça ne devrait pas être une excuse.
En plus de tout cela, je continue le gym au moins 4 fois par semaine. Voici donc ma nouvelle vie d’adulte. Et un pas de plus qui me le confirme; aujourd’hui, j’ai téléphoné à la caisse pour rembourser une partie de mon prêt étudiant. J’ai presque réussi à tout le rembourser. Il me reste 1600$ à payer. Je suis super heureux, parce que je sens que ça va se régler rapidement.
J’ai aussi réussi à me payer une petite tournée en France à la fin octobre. En fait, je vais arriver à Paris et je vais tout de suite reprendre un avion pour Rome. Avec Sébastien. Il vit maintenant à Paris (comme j’avais prédis en 2003 dans mon roman « Trois Saisons dans le désordre »). Ça doit faire 5 ans qu’on ne s’est pas vu seul face à face. Dans nos autres rencontres, il y avait toujours le chum de l’un ou de l’autre. Ça va faire bizarre au début, mais je ne m’en fais pas trop. C’est un drôle de cycle de vie quand même. Je devais d’ailleurs voir Tania à Québec dans une semaine, mais il y a eu une brouille idiote, et je ne crois pas que je la verrai. Mais bon, c’est la vie. Je ne suis certainement pas là pour retomber dans mon passé, dans des trios ou d’autres histoires complexes. Je deviens adulte, je deviens stable; avec mon mec, mon chat, mon appart, manque juste un travail sérieux qui paie bien en fait.
Et c’est d’ailleurs ma plus grande hantise présentement. Obtenir un job en enseignement. Me rendre compte que ce n’est pas pour moi. Ce serait vraiment l’apocalypse. Voilà pourquoi je ne me fais pas d’illusion sur la joie que pourra me procurer mon travail. J’ai peur. J’ai peur de détester ça. Et pourtant, je suis motivé à le faire, motivé à aller au bout de cette histoire, pour voir si je peux le faire, mais surtout, si j’y prends plaisir.
Alors, voilà où j’en suis. Dans un entre-deux. Pas de projet d’écriture de commencer encore. Pas de travail d’enseignement de langue seconde non plus. Pas de contrat au gouvernement. C’est comme si j’étais à nouveau vierge de la vie professionnelle, prêt à prendre tout ce qu’on voudra bien m’offrir. Mais pas à n’importe quel prix. J’espère seulement que ma maîtrise pourra jouer en ma faveur de ce côté-là. L’avenir me le dira bien assez vite. Pour l’instant; regarder le temps qui passe et réfléchir à mon avenir sont des activités qui me conviennent parfaitement.
Je n’ai toujours pas fait lire mon dernier roman à mes amis. J’attends la fin octobre, pour les laisser seuls avec le texte, pour leur laisser deux semaines avec le livre. Pour faire un effet-choc, bien évidemment.