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Le 21 mai 2009

Quelques minutes de répit


J’ai l’impression d’avoir perdu le contact avec Internet depuis que j’ai commencé à travailler pour le gouvernement. Certains diront que ce n’est pas une mauvaise chose, et je suis assez d’accord, surtout parce que mon travail sur Internet fonctionne bien présentement. D’ailleurs, j’ai des rédacteurs de plus en plus qualifiés et ça me plaît beaucoup de travailler avec des gens qui savent bien écrire (surtout parce que les copies d’étudiants que je corrige sont AFFREUSES !) Je savais que la plupart des jeunes n’avaient aucune connaissance en vocabulaire ou grammaire, mais j’espérais au moins qu’ils sachent organiser leurs idées et leurs arguments. Erreur ! Si vous saviez les conneries que je lis, c’est honteux ! Je comprends un peu les superviseurs d’être las et de ne plus trop s’en faire. Cette session, le nombre de copies à corriger est énorme paraît-il. Énorme comme seront les échecs probablement !

Bref, j’étais en formation depuis deux semaines, et dès demain, le travail à temps plein commence. Mon dieu ! Cela doit faire plus de deux ans que je n’ai pas travaillé à temps plein. Je me rends compte que je ne m’ennuyais pas de ça. J’espère même sérieusement réussir à me débrouiller sans à avoir à faire du 9 à 5 chaque jour de la semaine. C’est ma pire hantise ! Pour l’instant, je tiens le coup, parce que je sais que je suis à contrat (et aussi parce que c’est très très bien payé !! Je fais presque autant que ma mère, qui est à son poste depuis 25 ans !)

Mes journées sont tout de même folles. Là, j’ai cessé de donner des cours de français pour tout le mois de juin, mais je vais reprendre intensivement en juillet. Alors une journée typique se déroule comme suit : travail de 8h30 à 16h, retour à la maison, lecture et travail sur mon mémoire, gym, souper et dodo. Avant je pouvais dire que j’écoutais Loft Story, mais là ils nous ont coupé le câble ! Maudit Vidéotron à marde ! Ils auraient pu attendre au 1er juin au moins haha ! Mais bon, qui dit plus de Loft Story dit aussi plus de pot. Et ça, c’est une bonne chose. On a pris la décision officielle mon chum et moi. En revivant ensemble, on a directement recommencé les mauvaises habitudes du passé. Et quand on a vu ce que ça avait déjà donné il y a deux ans, je ne veux surtout pas revivre cet enfer si tôt. Mon chum trouve ca très très difficile à gérer. Plusieurs crises seront à prévoir… mais je veux tenir le coup. J’ai déjà arrêté l’alcool depuis le 5 avril. Pas bu une seule goutte. Alors, rien n’est impossible. Le fait de ne plus boire ne manque pas tant que ça. Je buvais surtout pour combler le temps, pour m’aider à écrire ou tout simplement par ennui. Maintenant, je n’ai plus le temps de m’ennuyer. C’est donc une très bonne chose.

J’ai quand même triché la fin de semaine passé. Pas une tricherie d’alcool. Mais bien une tricherie chimique. Un tout petit demi speed. Au moins, ce fut raisonnable. Mais quand même, je n’en avais aucunement besoin. Les crampes au ventre m’ont d’ailleurs rappelé pourquoi je ne prenais plus ce genre de « shit ». Et le mot « Shit » est bien choisi lol. Je passe mon temps aux toilettes sur ça ! Je suis tout de même bien satisfait de ma soirée. C’était chez ma cousine. Il y avait des gens que ça faisait des années que je n’avais pas vu. Et quand je dis « années », je parle même de personnes que je côtoyais à la fin de mon secondaire. J’ai aussi revu les filles avec qui je sortais comme un dingue dans les afters en 2003. Ça faisait étrange de se retrouver tous les quatre. Bref, un party dans les règles; tout le monde gelé, fumant des clopes, discutant comme s’ils s’étaient toujours connus. Échange de pilules, échange de numéros, joints qui passent, coke sur la table de vitre… Je regardais ça d’un œil habitué, un œil qui en avait vu d’autres. Et je me rends compte qu’il n’y a plus grand-chose qui m’impressionne dans la vie. On dirait que j’ai tout vu, du pire au éblouissant. Bien sûr, on ne voit jamais tout, comme on ne connait jamais tout. Et loin de moi l’idée de vouloir être condescendant, mais on dirait que j’ai vraiment passé l’étape des petites fêtes à l’américaine jusqu’à 5 heures du matin. C’est plus les gens qui étaient là-bas qui m’ont fait passer une belle soirée.

Bref, je suis revenu chez moi avec le levé du soleil, pour me rendre compte que mon chum n’était même pas encore rentré lui-même. Il est revenu vers six heures et demie. Tout ça m’a paru très suspect, mais comme je n’étale plus notre vie intime sur mon blog, voilà tout ce que j’en dirai. Pour ce qui est de notre retour à la vie commune ensemble, il y a des hauts et des bas, comme dans tous les couples je suppose. Mais ce sont toujours des niaiseries qui me font pogner les nerfs. Genre : il termine le lait, alors qu’il a dit qu’il n’en boirait pas. Ou encore, il jette ses cœurs de pommes dans la poubelle destinée aux papiers. De simples petits trucs du genre qui me font sursauter à chaque fois. On oublie vite qu’on ne vit plus seul, et ces petits détails se révèlent très très vite !

Mais bon, en général, j’aime beaucoup mon appart, j’aime beaucoup mes emplois, j’aime mon chum, je vais recommencer à voir plus mes amis avec l’été, ma meilleure amie habite dans mon ancien appart tout près de chez moi, j’aurai des petites vacances à la fin juillet, peut-être même en août. Je n’ai vraiment pas à me plaindre de ce que la vie m’offre ces temps-ci, et je suis bien heureux de ma condition.

Pourtant, tout n’est pas rose. Mon grand-père vient de mourir. Je l’apprends à l’instant. Il nous a quitté à 11h20.

Maxime Collins, 21/05/09 11:00 AM



Le 13 mai 2009

Un autre départ


Les années passent, et parfois on oublie. On oublie les gens, on s’éloigne et on ne s’en rend même pas compte. Ce n’est pas nécessairement un geste égoïste. Ça arrive. Comme ça, à cause de la distance, à cause de certains événements qui rendent mal à l’aise. Le malaise est souvent la cause de l’oubli, même quand cet état d’incertitude ne nous concerne pas directement.

Un autre départ pour bientôt. Mon dernier grand-père. Dans ma famille, ça arrive toujours au mois de mai, lors d’une journée très ensoleillé, une journée qui s’annonce toujours belle et remplie de promesses pour l’avenir. Mais pas pour l’avenir de tout le monde. J’ai un peu de difficulté à savoir quels sont mes sentiments face à tout ça. Depuis un certain événement, la famille avait pris une grande distance avec mon grand-père. Je comprends. Mais depuis cet événement, je me suis toujours senti mal à l’aise d’aimer mon grand-père. Ça me semblait comme inconcevable de lui montrer de l’amour, parce que les gestes qu’il avait posé des années auparavant condamnaient toute forme d’amour que j’aurais pu lui transmettre. Dans la chambre d’hôpital ce soir, j’ai décidé de laisser tomber, d’oublier ces événements du passé, et de retrouver mon grand-père pour une dernière fois.

Il était lucide, il parlait, malgré le masque de plastique qui encombrait son visage. Il avait des yeux qui dévoraient du regard, pour attraper une parcelle de chaque personne présente, pour tenter, je suppose, d’entraîner un souvenir de nous avec lui là-haut. Mon grand-père me rappelle ma jeunesse. Ces étés du primaire dans un coin de campagne. Le petit garçon que j’étais; curieux, intelligent et solitaire. Les longues marches, à travers la forêt, tout en haut d’un « pit de sable ». Les jeux de « tocs », les jeux de cartes, les nouvelles avec Bernard Derome en fin de soirée, la cuisine réconfortante de ma grand-mère et surtout les patates toujours présentes de mon grand-père. J’ai passé ma jeunesse seul avec eux. Et l’ennuie n’existait pas. Ce n’est pas eux qui m’occupaient; je savais le faire moi-même.

Nous sommes arrivés à l’hôpital trente minutes avant la fin des visites. Ma mère n’a pas versé une seule larme. Je comprends, je comprends… ce sont les événements passés. Et pourtant, si j’avais été elle, j’aurais pleuré malgré tout. Pour me libérer du fardeau, pour me dire qu’après tout, c’était quand même mon père. Ma mère est forte et orgueilleuse. Je tiens ce côté d’elle, mais dans ce genre de moment, je ne peux pas me voiler le visage, je ne peux pas me sentir faux. La mort me semble quelque chose de trop solennelle, avec laquelle je ne peux qu’être vrai.

Ma grand-mère semblait en forme. Mon dieu que je l’aime ma grand-mère. Quand ce sera son tour, là, je sais très bien que je vais verser des larmes. Beaucoup de larmes. Mais c’est d’abord au tour de mon grand-père, qui prenait la chose somme toute assez légèrement. (Mais comment puis-je juger de la légèreté d’un comportement face à une mort qui approche ?) Dans les couloirs de l’hôpital, une voix a résonné pour avertir que les visites étaient terminées. J’ai regardé toute la famille lui dire au revoir. Certains reviendraient demain, mais moi, je sais que je ne revenais pas. Je trouve toujours un peu gênant de dire au revoir à quelqu’un qui va mourir. Je manque de mots ou je dis n’importe quoi. Ce soir, j’ai même osé sortir une absurdité du genre : « On va se revoir bientôt ». Évidemment, je ne pensais pas à très bientôt (je ne me le souhaite pas), mais j’ai tenté de faire une référence au fait que l’on va tous y passer un jour ou l’autre. Mon grand-père m’a répondu : « Je ne resterai probablement pas ici longtemps. » Je suppose qu’il n’avait pas compris le sens de ma phrase, mais en même temps, on dirait que son regard m’avait compris. Je lui ai serré la main, puis je lui ai dis « je t’aime » en déposant un baiser sur son front.

La famille ne partait toujours pas. Nous étions une dizaine dans la chambre, en « infraction de visite ». J’ai discuté un peu avec mon cousin; parlé de ma vie, du fait que je corrigeais pour le gouvernement, que je donnais des cours de français, que je terminais un mémoire et que j’employais environ 75 personnes sur Internet. Tout ça en quelque seconde. Ma grand-mère s’est levée, elle était prête à partir, alors tout le monde s’est dirigé vers la sortie. Ma cousine a serré la main de mon grand-père, sans plus. Puis je suis resté seul un instant, une toute petite seconde, une minuscule seconde. J’ai dis, ou j’ai pensé (je ne sais plus) : « Ah pis fuck ! », et je suis retourné au près de lui. Un autre baiser sur le front. Un adieu officiel.

Demain, il sera probablement mort. Mais je me sens en paix. Je ne sais pas si c’est égoïste de dire ça, mais c’est comme si en lui disant officiellement au revoir, j’acceptais plus facilement de le voir partir. Bref, les années passent, on ne s’en rend pas toujours compte, mais plus on vieillit, plus les deuils s’accumulent. Il faut le prendre avec philosophie, je suppose.

Maxime Collins, 13/05/09 10:00 PM



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