Les yeux qui brûlent, la gorge qui pique, à la lueur chauffante de la lampe de bureau. J’écoute le dernier disque de Sébastien Schuller, et je m’enivre de sa mélancolie. C’est beau, c’est beau, et j’écoute ça depuis six heures ce matin, heure à laquelle je me suis levé pour aller travailler. J’ai beau tenté de me convaincre, de me dire que c’est le début de mes prochaines années de vie, le travail, toujours le travail. Mais on dirait que je n’en veux pas, que je le refuse, que je veux une porte de sortie. Où se cache-t-elle ? Je n’en sais point. Mais de plus en plus, je ressens l’urgence, l’urgence de trouver quelque chose que j’aime, quelque chose qui me fasse bien gagner ma vie, qui soit stable et qui me permettre d’être heureux. Je ressens de la mélancolie, à corriger des copies sur la destruction amoureuse à longueur de journée. J’aime la job, c’est smooth, les gens sont sympas, mais je ne ferais pas ça toute une année. Heureusement que ce sont de courts contrats (très payants !).
Et puis le spectre de l’avenir qui refait surface. Le défi de l’enseignement, le défi des entrevues d’embauches au cégep, le défi de savoir ce que je veux faire de ma vie, parce que j’en ai aucune idée dans le fond. Je sais que je veux prendre un break de l’université, en étant pas sûr que ce soit vraiment la fin de mes études. Il me faudra sûrement un certificat en pédagogie. Et encore… est-ce bien ainsi que je vais finir ? J’aurais seulement envie de prendre 3 mois pour moi, de partir vivre ailleurs, et d’écrire un scénario. Le voilà le projet de rêve. Je le caresse depuis quelque temps. Idée folle, idée de jeunesse, idée étrange, idée de renversement, idée de la dernière chance. Et si je voulais être scénariste en fait ? J’ai toujours voulu écrire des séries télé. Je ne sais juste pas comment m’y prendre, comment faire aboutir un projet plus loin que la plume. J’ai parlé de ce projet à mon chum, et au lieu de m’encourager, j’ai reçu une phrase choc : « Bon ben les dernières heures de notre couple sont comptés ». Il s’est rétracté plus tard, en me disant qu’il ne pensait pas ce qu’il disait, mais quand même… Pourquoi tant de négativité ? Pourquoi ne pas avoir sauté sur l’occasion, me dire : « Parfait ! Je viendrai te rejoindre pour passer quelque temps avec toi aussi ». On écoutait un reportage sur les célibataires il y a quelques jours, et ce qui en ressortait me paraissait très vrai : On s’empêche souvent de faire des choses à cause du couple. Toujours cette idée de sacrifice. Mais pourtant, entre ça et perdre une seconde fois mon homme, on dirait que je préfère le sacrifice. Je souhaiterais simplement que mon copain soit plus ouvert un peu, qu’il laisse de la place à la discussion sans sauter tout de suite aux conclusions, conclusion qui était : « Qui va payer ton loyer ? ».
J’ai reçu des corrections de la part de ma directrice. Encore pas mal de travail à faire, mais je l’accepte, car ses corrections ont du sens, et elle n’a pas tort. Commencer aussi à faire des cvs et des lettres de présentation (avec un goût amer en bouche). Que faire ? Mais que faire de ma vie ? Il me semble que tout ce que je voudrais faire, c’est de m’asseoir et écrire une histoire. Une nouvelle histoire. À retravailler depuis deux ans la même histoire, on se fatigue quand même pas mal. Je voudrais peut-être être agent littéraire aussi. Lire des manuscrits et dire mon opinion sur si on devrait les publier ou non. Il me semble que ce serait intéressant. Et je caresse toujours cette envie d’avoir ma propre maison d’édition un jour. Pas avant l’âge de 30 ans bien sûr, mais quand je regarde ça… c’est dans seulement cinq années.
Je commence à ressentir le manque du voyageur. Celui de se sentir exilé, de devoir se forcer le cul pour renouer des contacts, pour réapprendre à vivre selon un autre mode de vie. Je n’ai pas nécessairement envie de m’exiler encore pendant une année, mais seulement quelques mois, juste pour dire que j’aurai encore vu autre chose, que j’aurai vécu d’autres expériences, que j’aurai réussi à écrire un peu plus, et pas seulement pour l’école, mais bien pour moi-même. Scénario ou roman ? Roman puis scénario à partir du roman ? Je ne sais pas comment je vais m’y prendre pour mon prochain projet. Je ne sais pas s’il vaut tous les efforts, mais je sais que bientôt, je vais devoir m’y mettre. C’est comme un cri d’alarme, une lumière rouge en pleine tête qui menace de me faire sauter le cerveau si je ne dégueule pas un peu de littérature. Et toute cette pluie… oui cette pluie qui porte à réfléchir, qui menace l’âme subtilement. C’est beau le temps gris. C’est beau surtout quand on a le temps de réfléchir, comme présentement, alors que tout roule tout seul, que je fais de l’argent, que je n’ai pas de problème, que je n’ai qu’à m’asseoir et travailler justement. Bon d’accord, je m’y mets.