Le 19 juillet 2007



Dix années. Dix années auraient été un chiffre trop lisse, trop parfait, trop "anniversaire". On peut tout de même en faire un jour de fête, mais ce sera au compte de neuf ans et demie.

Oui, neuf années et quelques mois à partager mes expériences sur Internet. Toutes ces entrées, de 1998 à 2007. Des états d'âmes remplis d'imperfection, des cris de joie, des vengeances rancunières, des tristesses dépressives; j'ai écris, sans me soucier de ce que les gens pourraient en penser. Je me suis livré, en toute innocence, ou parfois pour obtenir ce que je voulais. Ce journal "pas très intime" est donc à mon image ; quelqu'un de vif, de direct, qui sait où il s'en va, puis qui doute, qui doute en réfléchissant seul sous la pénombre de la lune. Je suis un mystère pour certains, je suis un livre ouvert pour d'autres.

C'est le moment d'écrire l'épilogue. Un épilogue virtuel, certes, mais tout de même le "deuil" de ce qui aura été un grand plaisir de ma jeunesse et de ma jeune vie d'adulte.

Pile ou Face, ce fut plus de 350 000 visiteurs, des articles dans le ICI, dans le Voir, dans le journal de Montréal, des entrevues virtuelles, des rencontres avec plus de 150 personnes dans la vraie vie, des amitiés qui existent encore, des amours vécus à 100 à l'heure, de l'amour venu de la part d'inconnus, des reproches de personnes déjà dans ma vie, trois voyages en France, deux voyages en Angleterre, un voyage en Italie, un voyage en Espagne, des virées à Amsterdam et en Belgique, une année à Aix en Provence, un voyage en Grèce... et aussi plus de 14 000 courriels que je conserve encore.

Pile ou Face, ce fut plus que le roman de ma vie, ce fut souvent mon seul confident, mon seul contact alors que j'étais au bout du monde, ma seule façon de dire certaines choses aux gens qui importaient dans ma vie.

Après neuf ans et demie, je ne maîtrise toujours pas la langue française à 100%. J'ai encore beaucoup de travail à faire du côté de mon écriture, mais il arrive un moment où il faut savoir s'arrêter. Pas juste faire une pause.

En septembre, l'Université McGill m'attend; le grand défi de ma vie; la preuve ultime à réaliser pour avoir une certaine "réponse" sur mon "potentiel" d'écrivain. J'ai tracé une ligne il y a 10 ans, la ligne droite de l'écriture, je l'ai suivi à la trace, sans déroger jusqu'à maintenant. Reste à voir si j'aurai le courage de me rendre jusqu'au bout.

On est maintenant loin de l'été de mes 16 ans où j'écrivais mes premières lignes, il y a eu 1000 événements qui ont fait bifurquer ma vie ; pour le meilleur ou pour le pire; et la vie est ainsi faite, on continue, en essayant sans cesse d'éloigner l'image du sablier qui s'écoule au loin dans notre tête...

Disparaître. Disparaître du virtuel m'a toujours angoissé. Peur de l'éphémère. Peur de l'oubli. Et pourtant, avec le temps, on se rend compte que ce n'est plus la gloire que l'on recherche. On veut simplement faire ce que l'on aime, en vivre, être entouré de gens qui compte pour nous. Je n'ai pas besoin d'avoir un condo à 250000$, je n'ai pas besoin de voiture, je n'ai pas besoin de luxe. Je continue mon bout de chemin, dans la réalité de ce que peut gagner un écrivain, et même si mes amis sont plus riches autour de moi, ça ne me touche pas. Je préfère faire ce que j'aime, suivre mon instinct et ma détermination qui me poussent vers la littérature.

C'est difficile (et ce le sera sûrement plus dans certains moments à venir) de dire au revoir, de voir ce site s'effacer de la toile et tomber dans les sombres archives d'Internet, mais je dirais que j'ai fait le tour; je me suis raconté durant les meilleurs moments de ma vie, les moments forts comme l'adolescence et ses milles questionnements, puis la continuité avec l'exil à l'extérieur de ma ville, puis le retour et la "vraie" vie d'adulte. Les prochaines joies ou tristesses seront intimes, c'est angoissant et excitant à la fois. Allez... il faut laisser aller...

Je dédis ce dernier messages à mes amis les plus proches, qui comprendront mon choix déchirant et qui me supporteront durant les creux où j'aurai envie de revenir. Mais je ne veux pas seulement dédier ce dernier message à quelques personnes. Il y a tant de gens à saluer.

À tous les inconnus qui m'ont suivi durant ce long périple,
À tous ceux qui étaient là dès le départ,
À ceux qui sont arrivés plus tard aussi,
Aux anciens amis qui me lisent en silence,
À tous mes correcteurs que j'ai tant fait travaillé,
À la famille qui n'ose pas me parler de ce site,
Aux anciens amours qui se souviennent parfois de moi,
À la seule femme dans ma vie (comme je l'avais prédis),
À mon premier amour qui m'a tant fait écrire ici,
À ces amants rencontrés via Internet,
Aux autres amants qui ont défilé dans ma vie, en me brisant le coeur deux, trois fois,
Aux connaissances du cégep et de l'université qui restent curieux,
Aux collègues de travail qui jettent parfois un oeil,
À mon beau-père qui semblait aimé venir me lire,
Aux amis des amis qui ne m'ont jamais parlé,
Aux communautés virtuelles que j'ai fréquenté,
Aux forums jeunesses où j'ai argumenté,
Aux blogueurs français avec qui je me suis liés,
Aux amitiés noués en Europe,
Aux lecteurs qui m'ont acheté mes romans sans même me connaître ou m'avoir lu avant,
À tous ceux qui se sont perdus durant un après-midi ou une nuit entière à lire des bribes de mon histoire;

Merci. Merci d'avoir été présent, merci pour les encouragements et tous les mots d'amour. À votre façon, vous avez su influencer certaines décisions de ma vie, vous avez eu le courage de me dire votre opinion et bien souvent, j'ai eu le plaisir de m'y ranger.

Vous me manquerez tous. La tribune virtuelle me manquera. C'est indéniable, c'était comme un livre qui ne s'arrêtait jamais.

Dans quelques heures, je quitte le pays (encore, eh oui!). Je réalise un rêve commun que j'avais énoncé en 1998 lors des premières entrées de ce journal. À 16 ans, je parlais d'un désir; celui de partir en Roadtrip vers les États-Unis avec mes amis Pom et Cadot. Plus de neuf années ont passé, et ces deux amis sont toujours présents. Le but est maintenant palpable.

N'est-ce pas la meilleure des boucles que de terminer un journal avec la réalisation du projet qui l'avait éveillé tant d'années avant ?

De mon avis, c'est la finale ultime. Partir le coeur léger, avoir cru en l'avenir, avoir vu le rêve être repoussé, mais finalement réalisé, au bout de neuf années certes, mais qui peut se vanter d'avoir réussi à vivre autant de rêve de jeunesse ?

Je suis choyé par la vie. Je suis la personne que j'ai toujours voulu être. Je suis fier de moi. Je m'aime et j'aime les gens qui gravitent autour de moi.

Dans quelques heures donc, je reverrai la mer. Je pourrai m'assoeir, les pieds dans l'eau, et au lieu d'écrire un cahier de voyage dédié à ce site, j'ouvrirai un carnet vierge. Je commencerai à écrire; pas un récit de voyage, pas un journal intime, mais bien un roman. Car quel était le but de toute cette entreprise, sinon d'écrire des livres, de vivre les élans littéraires, de voir le monde à travers l'image des mots.

Je suis serein. Mes amis m'attendent, les rêves de jeunesse aussi. Je vous envoie mes plus sincères salutations; chapeau à tous ceux qui m'ont lu avec avidité ; la prochaine fois, espérons fortement que ce soit dans le cadre du roman que vous achèterez à votre librairie préférée.

Ne m'oubliez pas tout de suite. Gardez en mémoire une parcelle de mon être, un souvenir de ce que j'ai été. Vous pourrez peut-être le raconter à quelqu'un qui en aura de besoin un jour.

Après un long soupir, me voilà prêt à l'écrire. Ça me fout les larmes aux yeux. C'est comme laisser partir son enfant. Il le faut, même si on n'en a pas envie... Allez, ça suffit les drames ! On va quitter ça comme un homme fort et mature.

Dans la plus grande amitié, je vous fais mes adieux virtuels définitifs.

Aaron - Endless song (pour accompagner le diaporama)
ceux qui seraient outrés de voir leurs photos plus bas, n'ayez crainte, tout s'efface bientôt.




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Maxime Collins

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