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Le 16 février 2009

La longue route vers le néant


Oui, je sais, ça fait un bail. Beaucoup d’événements et si peu à la fois. Je me remets de ma blessure au bras, j’ai recommencé cette semaine à lever des poids au gym. Mais j’ai quand même eu le temps de perdre beaucoup de muscle entre aujourd’hui et le 18 janvier. J’ai continué à engraisser aussi. Et ces derniers jours, je me suis beaucoup questionné par rapport à ça. Que faire ? Quoi faire quand chaque jour de la semaine je vais faire une heure de cardio, mais que je prends quand même toujours du poids. Eh bien, je me suis mis à repenser à mon adolescence. À tout ce que j’avais essayé avant d’avoir trouvé MA solution. Elle n’est pas belle, elle est très laide même, mais elle fonctionne. Je me laisse un mois pour voir si je suis capable de tenir le coup, et peut-être même d’en faire un mode de vie malsain par la suite. J’ai quitté l’anorexie vers le début de mes 17 ans, surtout parce que ma mère me menaçait d’aller voir un psy. Aujourd’hui, je me dois d’y retourner, parce que je ne me sens pas bien dans mon corps, parce que je veux perdre les kilos en trop, parce qu’en étant malsain, je veux retrouver la ligne saine de mon corps. Le compte à rebours s’enclenche dans quelques minutes : réduire la nourriture au minimum, prendre de mauvaises vitamines, augmenter le sport. Mélange explosif, oui. Mais je le veux, et personne ne me fera changer d’avis. Point.

Sinon, j’ai remis la première version de mon mémoire critique. Trois mois à décortiquer des œuvres, trois mois qui se sont presque envolés lorsque ma directrice m’a suggéré de changer le sujet de mon mémoire. Je m’y attendais un peu, parce que cette première version n’était bonne qu’à moitié (et le pire était dans le sujet principal du texte !). Me revoilà donc à réorienter encore mon mémoire ; alors que je devais me concentrer uniquement sur le « Roman du Je » de Philippe Forest, je vais plutôt m’intéresser à la différence entre autobiographie, autofiction et « Roman du Je ». Ce que ça veut dire ? Que je vais avoir encore du travail de recherche sur mes épaules. Que je vais devoir décortiquer deux œuvres littéraires supplémentaires. Mais bon, je ne le prends pas mal. Je crois que je ne saisissais pas parfaitement assez bien l’application des concepts de Forest, mais surtout, je crois aussi que son roman L’Enfant éternel n’appliquait pas vraiment lui-même ces concepts dans le texte. J’ai dû jouer à l’aveuglette légèrement pour tenter de construire quelque chose, qui, au final, n’est pas au point de toute façon. Il reste donc beaucoup de travail, et j’essaie de me raisonner en me disant : « Le gouvernement te donne une bourse d’études. C’est comme si tu travaillais pour faire ça. Alors quand le patron n’est pas content, tu recommences et tu continues à encaisser ton salaire pareil. » Eh bien voilà, je vais me remettre au travail après une prochaine rencontre avec ma directrice, et on verra au jour le jour. Je pense que je vais garder la plus grande partie de mon travail sur la création pour l’été. C’est toujours un peu plus léger. Mon but premier est de terminer une version finale de ce mémoire critique le plus tôt possible, pour pouvoir me dire que c’est fait, que je peux me concentrer à ce que « j’aime vraiment ».

Et parlant de travail, je n’ai vraiment pas à me plaindre pour l’instant. Je réussis à vivre très bien avec mon emploi de rédacteur publicitaire pour Worldtop. Nous avons eu un meeting avec le patron la semaine passée. Les nouveaux projets sont excitants, je souhaite y participer activement. J’espère que ça va fonctionner comme le boss le prétend. Et tout ça me remet un questionnement incessant en tête. J’aime ce que je fais. J’aime la façon dont je suis arrivé à me débrouiller pour « vivre » de mon écriture, et je me rends compte que je suis un très bon patron, parce que plus les jours avancent et plus je dirige de nombreux employés. Je dois avoir dépassé le cap des 150 employés à ma charge, et malgré la tonne de courriel que je reçois chaque matin, je reste patient, je suis dévoué, j’aime ce que je fais. Mon train de vie me plait énormément, et ça me fait peur à la fois, parce que je sais que si je reste dans ce train de vie, du jour au lendemain, je pourrais bien tout perdre. Il n’y a pas de stabilité d’emploi. Reste que pour l’instant, au moment où je parle, je vais devoir beaucoup d’argent en impôt au gouvernement, parce que j’ai déjà fait beaucoup d’argent alors que le mois de février n’est pas fini. J’ai déjà fait le double du salaire que j’ai déclaré sur mes impôts 2008 ! Être travailleur autonome me plaît, j’aime le train de vie, j’aime faire le travail à la maison, en déplacement, chez d’autres. Mon rythme de vie est fantastique et j’ai ce que je souhaitais dans mon enfance : du temps pour réfléchir, du temps pour écrire, du temps pour vivre. Je refuse le 8 à 5, ça ne me convient pas, et je ne souhaite jamais le connaître. Pourtant, je ne suis pas dupe. Je vais tenter ma chance, dès cet été, dans les cégeps de Montréal. Avec une maîtrise en littérature en poche dès septembre (on croise les doigts), je vais voir ce qu’on peut m’offrir, mais c’est clair que je vais aller de l’avant. Je ne veux pas me retrouver du jour au lendemain, sans expérience, à devoir justement me sacrifier dans un 8 à 5. Et pour l’instant, ça va bien ; je donne deux cours de français par semaine, je suis heureux dans mon travail, j’ai toujours la job du gouvernement du Québec comme correcteur en « stand by » pendant les 36 prochains mois. J’espère pouvoir y participer un moment donné.

Quand je regarde ma qualité de vie, je me compte énormément chanceux. J’ai même un peu peur, parce que je dois dire que pour l’instant, je l’ai facile. C’est la peur que tout s’arrête net, que je retombe dans le rouge, mais vraiment trop dramatiquement. La peur de retourner à la vie d’avant aussi ; bien que j’ai eu bien du plaisir chez Desjardins, mon cœur n’y est pas, et j’aurais l’impression d’un grand échec si je finissais par me retrouver encore là-bas. Alors, je ne pense à rien, je fonce la tête haute et je regarde en avant. On verra bien. De toute façon, rien n’arrive pour rien.

Et nous revoilà aussi en recherche d’appartement. Moi et mon chum. Lui et moi ; nous qui nous étions tant déchirés vers la fin à vivre ensemble. Ça aussi ça me fait peur. Je ne peux pas me cacher que j’adore passer les fins de semaine avec lui, pour ensuite retourner dans mon chez-moi le dimanche soir. Le fait de ne pas « devoir » supporter toujours l’autre me donne une liberté qu’il me fait un peu mal de perdre. Et bien que nous cherchions un très grand appartement, pour être certain de ne pas me piler sur les pieds, j’ai quand même peur de retourner dans le passé, de revoir se dérouler sous mes yeux des « chicanes » stupides et inutiles. Pas envie de revivre la destruction qui nous a éloignés, fait flancher, puis regretté l’un à l’autre. Et il y a Rémi aussi, qui fait partie intégrante de nos vies, qui nous a rapprochés aussi. Et on s’attache, et on s’attache au confort de la vie de couple, au lever du dimanche collé l’un contre l’autre, au sexe qui ne cesse d’escalader l’ivresse d’une liberté qui ne connaît pas de limite. C’est compliqué l’amour, mais au final, ce n’est peut-être seulement ça qu’il y a de vrai. On ne le sait que lorsqu’on le perd vraiment. Alors, voilà, je me donne cette chance d’une deuxième vie de couple. Et adviendra ce qu’il adviendra. Voilà tout. Ce ne sera qu’un déménagement en plus, qu’un nouveau début, et on verra bien. De toute façon, j’ai cessé de compter l’amour en terme de temps. Un sentiment ne nous fait jamais perdre notre temps, qu’il soit bon ou mauvais, qu’il renferme de la haine ou de l’amour.

Maxime Collins, 16/02/09 2:30 PM





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