Retour de lancement

J’ai eu envie hier, dès mon arrivée à la maison vers une heure du matin, d’écrire la soirée qui venait de se dérouler sous mes yeux. Mais j’ai pris une pause, décidant d’en parler plus tard, histoire d’avoir un peu de recul sur cette « grande festivité ». Car festivité il y a eu ! Ce fut un lancement plein à craquer, autour de 150-200 personnes sont passées en soirée et moi, moi, c’est comme si j’étais un autre, c’est comme si je prenais conscience des gens autour de moi. Parfois, en levant les yeux vers la file d’attente qui continuait jusqu’aux toilettes du bar, je soupirais. Mais il s’agissait d’un soupir heureux. Heureux de voir que malgré tout, même en étant un auteur, je pouvais atteindre des gens. Et je suis très conscient que dans le lot de « lecteurs » qu’il y avait hier soir, plusieurs d’entre eux ouvrent à peine un livre par année. Si je suis celui qui les fait lire, que ce soit une fois par 2-3 ans, alors je dis « Bravo ! ».

Hier, j’en ai vu de toutes les couleurs. Dans le sens positif du terme. C’était un peu surréel. Comme si je n’arrivais pas à saisir le moment. Je me rends même compte que j’ai de la difficulté à décrire ma soirée, parce que j’y étais sans y être. Je m’explique : je suis arrivé à 17h30 et quelques minutes plus tard, je m’assoyais déjà à la table pour commencer à faire des dédicaces. Je suis resté assis ainsi jusqu’à 21h10. Plus de trois heures à signer sans pause. Mon éditeur a bien essayé de venir me chercher pour me faire dire quelques mots, mais dès qu’il venait vers moi et voulait que je me lève, on entendait de la protestation dans la file d’attente. C’est que certaines personnes ont attendu plus d’une heure avant d’obtenir leur dédicace. Mon éditeur avait beau me dire de me presser, je l’ai gentiment envoyé baladé à quelques reprises. D’abord, parce que je ne prenais pas mon temps ! Mais ensuite, parce que je ne voulais pas faire de la dédicace sauvage. Oui, je prenais quelques minutes avec chaque personne qui venait me voir. Ça se faisait naturellement. Tout simplement. J’endossais un rôle plus questionneur que questionné. Au départ, j’étais un peu nerveux, mais j’ai pris sur moi, c’était mon moment, mon événement, pour moi, juste pour moi, et de façon égoïste, je me suis dit que rien n’allait me bousiller cette soirée. J’ai respecté ma promesse.

Bien sûr, en raison de l’adrénaline, quelques peurs surgissent aujourd’hui. La plus grande hantise : Ai-je fait des fautes de français dans mes dédicaces ? Je devais fournir plutôt rapidement du côté de l’écriture et je n’ai pu me relire chaque fois. Il y a eu aussi les oublis de noms. Je me rends compte que j’ai une excellente mémoire des visages, mais que je suis pourri pour retenir les prénoms. Il m’est arrivé souvent de faire répéter la personne devant moi. Mais bon, avec la musique, les gens qui parlaient et tout ce qui se passait autour, je pense que j’ai été excusé facilement.  

J’ai revu des gens que je n’avais pas vus depuis un bon moment. Plusieurs rencontres divertissantes et surprenantes. Et surtout, de nouvelles rencontres avec des lecteurs que je ne connaissais pas. C’est très plaisant : entendre quelqu’un que tu ne connais pas qui te dit qu’il t’a lu, qu’il s’est identifié à un de tes personnages, qu’il « comprend » cette histoire, parce qu’il y a des similarités entre celle-ci et la sienne. C’est un cadeau du ciel que de voir un lecteur s’ouvrir avec autant de facilité avec moi. De petits moments privilégiés qui me donnent une raison de plus de continuer à écrire.

Par contre, dans les lancements, quand on est l’auteur, appart se faire aller la main, on ne voit pas grand-chose. C’est donc avec un sourire en coin que je peux dire que je n’en ai pas beaucoup à dire, parce que je signais, je signais et je signais encore. Je n’ai aucune idée des conversations entre les invités, aucune idée des moments cocasses, de l’interaction familiale, de l’interaction entre les amis. La plupart des gens à qui je faisais une dédicace disparaissaient ensuite, absorbés par la foule, et quand tout s’est terminé vers 21h, il restait une trentaine de personnes avec qui j’ai pu parler. J’aurais évidemment aimé me lever, me promener dans cette vague de gens, mais le devoir me rappelait au stylo. Il faudrait faire deux lancements : un pour les dédicaces, l’autre pour le plaisir. Mais bon, du plaisir, j’en ai eu. J’en ai eu énormément, parce que c’est la récompense d’un travail qui a tout de même commencé en 2005. C’est en 2005 que les premiers mots sur Philippe ont été écrits. Alors que je m’adaptais doucement à Aix-en-Provence, assis devant mon bureau, les grandes fenêtres vitrées ouvertes sur une chaleur et une clarté absorbantes. Qui aurait cru que 5 ans plus tard j’allais être assis derrière une table à signer des dédicaces ? Moi. Moi, j’y ai toujours cru. En 2001, je m’y voyais déjà. En 2002, je faisais mes premières dédicaces pour mon roman autoédité. Mais je savais qu’un jour une vraie séance allait se dérouler. Je ne pensais honnêtement pas que cela allait arriver si rapidement (9 ans tout de même!), mais j’ai toujours su que c’était ce que je voulais, que peu importe les moyens, j’y arriverais un jour. Ce jour fut le 8 mars 2010.

Maintenant, il reste le plus dur à affronter : retourner à l’écriture. Parce que dans la vie, tout est une excuse pour repousser l’acte d’écrire. Se forcer à écrire demande beaucoup de volonté. Il faut se faire violence et il faut être sévère avec soi-même. L’écriture est mon projet pour les deux mois à venir. Mon projet principal.

Dans les lancements, il manque souvent des personnes à l’appel. Il y a deux types de personnes manquantes. Celles qui t’annoncent à quelques heures du lancement qu’elles ne peuvent plus venir. (On les pardonne à moitié !) Et celles qui ne disent rien et ne viennent pas. C’est toujours un barème intéressant que d’analyser les gens qui ont promis de venir et qui ne se pointent pas. Je ne garde pas de rancœur ou rien de la sorte. Ma soirée fut un succès, peu importe alors s’ils étaient venus. Mais au plus profond de moi, il y a une cassure un peu « normale ». Il y a parfois des gens que l’on valorise plus ou que l’on estime un peu plus. On pense que ceux-ci ressentent la même chose envers nous, mais ce genre de soirée nous trompe. Comment réagir ? C’est ce que je me pose comme question. Je ne pense pas du tout à la confrontation. Je n’en dirai pas un mot aux personnes concernées. Mais comment agir avec elles ensuite ? En fait, je ne sais même pas pourquoi je perds du temps à réfléchir à cela. Tiens ! Je cesse d’y pensé, et pour de bon.

Comme je disais dans une autre entrée, ce lancement était un peu le nouveau départ de ma vie. Voilà pourquoi je peux me permettre de me concentrer sur les personnes qui comptent. Mes amis — les vrais — qui étaient là pour me soutenir, qui n’ont pas manqué à l’appel, et que j’ai eu du plaisir à voir réunis ensemble. Je pense que ça devait faire plus de deux ans que ce n’était pas arrivé. Alors, voilà ! On reprend la vie à neuf. On est prêt à reprendre ce blogue avec autant d’honnêteté qu’avant. C’est l’heure de tourner un autre chapitre (déjà !).

Mais bon, pour l’instant, c’est à vous, chers lecteurs, que je reviens. Merci énormément de m’encourager dans cette aventure de publication. C’est d’abord grâce à vous, qui m’avez suivi parfois depuis près de 10 ans, que je continue à développer ma passion de l’écriture. Si vous n’avez pu assister au lancement, il est toujours temps de vous présenter dans un Archambault pour acheter une copie de mon roman. C’est sorti tout chaud aujourd’hui même. N’hésitez pas à le commander si votre librairie préférée ne tient pas le livre en stock. Mon dernier défi pour ce roman serait d’apparaitre dans un Top 10 des ventes de livres francophones. Pour ce faire, il faudrait que les achats de « Comme si de rien n’était » se fassent en condensé dès maintenant, et ce, jusqu’à lundi prochain. À Pâques, au lieu d’acheter du chocolat, pourquoi ne pas offrir un roman ?

Je suis très heureux aujourd’hui de voir mon livre directement sur la page d’entrée du site Archambault.ca !

maxlancement

 

Commentaires (3)
Lancement
1 Mardi, 09 Mars 2010 21:29
Aimée V.
Très beaux textes, j'aime beaucoup le passage sur l'écriture et celui sur les "types de personnes qui ne viennent pas". Je trouve que tu résumes très bien ma pensée!
Heureuse d'avoir partagé ce moment avec toi. xx
bravo
2 Mardi, 09 Mars 2010 22:13
jocelyn
Salut je suis un lecteur depuis le tout début
je ne laisse généralement pas de commentaire mais je voulais te dire bravo

c'est comme une réalisation aussi pour moi
Merci
3 Mercredi, 10 Mars 2010 11:39
Maxime Collins
Merci beaucoup pour vos petits mots ! Ce fut une excellente soirée, et un très grand accomplissement en effet :)
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