The truth is...
Cela fait si longtemps que ce désir n’avait pas refait surface. Comme une vérité que l’on évite, que l’on repousse pour mieux oublier.
Je me rends compte que la vérité importe peu. Quand quelqu’un a son idée en tête, on a beau mettre tous les efforts pour changer le paysage, il n’y a rien à faire. On aimerait bien « avertir », « promettre », « jurer », ça ne change rien. Les fausses impressions prennent toujours le dessus. Et je suppose que c’est correct ainsi. On ne peut pas entrer dans la vie des autres et déclarer des choses, comme si l’on dissimulait quelques bombes. Ce n’est pas à nous de faire exploser la vérité. En fait, la vérité n’a aucune importance. Souvent, elle est là pour que l’on puisse sauver son honneur, pour que l’on puisse se sortir d’histoires où notre estime s’est effritée.
Le jugement des autres m’importe peu. Je me rends compte que j’ai toujours voulu dire la vérité, mais qu’au final, je l’ai toujours caché entre les lignes, trop lâche pour la balancer textuellement dans le vaste univers virtuel.
Les autres n’ont pas besoin de savoir. Personne n’a réellement besoin de savoir. La vérité ne fait que nous donner bonne conscience… une fois que le mensonge a été découvert.
Il y a des choses qui seront sues dans quelques semaines, quelques mois ou plusieurs années. Ce seront les vérités que nous écoutons d’une oreille indiscrète, puis qui nous arrête dans notre élan, qui nous font revoir notre passé et comprendre les « espaces blancs ».
On cache souvent la vérité pour protéger les gens qu’on aime, mais parfois, on dissimule la vérité pour des raisons plus obscures. Des raisons que l’on ne comprend pas toujours nous-mêmes.
La vérité demande aussi beaucoup de travail, surtout lorsqu’elle concerne notre propre vie. Quand on se parle à soi-même, quand on se retrouve devant un mur de briques que l’on doit faire sauter afin d’avancer vers l’inconnu. Tout le monde sait bien que les murs qui tombent blessent souvent quelques passants…
La vie est si courte. L’étincelle artistique passe si rapidement. On s’imaginait à 16 ans; on voyait déjà tout le bagage que l’on aurait accompli d’ici l’âge de 30 ans. Il ne faut pas regretter, mais il faut définitivement se réveiller.
Je parle d’écriture. De travail littéraire. Quand après plus d’un an, on n’arrive pas à se lancer dans un projet fixe, quand on butine sans résultat, sans exaltation ou sans intérêt, il faut sortir les conclusions, mettre cartes sur table et voir lucidement l’avenir qui s’amène.
J’en suis là. Cet été est l’été de la dernière chance. Il faut que je m’installe, que je réfléchisse et que je choisisse la « bonne voie », car plus les mois avancent, plus je perds la voix. La voix littéraire.
Je ne sais pas si j’attends une expérience bouleversante pour me remettre sérieusement à l’écriture ou si j’ai déjà baissé les bras, prévoyant le mur indestructible de l’âge adulte et des obligations qui nous éloignent sans cesse de l’écriture.
Quand je pense à mes sessions d’écriture, quand je constate après coup les meilleurs résultats, je me rends compte que j’étais toujours dans une position d’attente à l’égard du temps. L’écriture de voyage, entre deux avions, l’écriture de l’ennui, dans un cours à l’université, l’écriture alcoolique, jusqu’à ce que la bouteille soit vide.
Outre un mémoire universitaire, je me rends compte que j’ai rarement vécu l’écriture comme un « travail ». J’ai eu beau y mettre tous les efforts et la volonté, l’écriture quotidienne et professionnelle finissait toujours par être vaine, inefficace.
Paresse ? Manque de motivation ? Mauvais plan ? Besoin d’alcool obligatoirement ? Il n’y a pas vraiment une explication unique. On gère son temps comme on peut, même si on a du temps.
Il est temps que je me fixe. Que je me dise en face si je crois encore être l’écrivain que j’ai toujours vu en moi. Ou si ce rêve là aussi, la vie adulte me l’aura volé.
