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Ancien site - Tentations d'Europe
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21 avril 2006

Débilités


Voici un échantillon des conneries que les gens peuvent écrire sur google... tout en tombant sur mon site lol ! Il y en a des plus "hards", mais bon, je veux pas multiplier les mauvaises références non plus haha !

ma cousine et ses copine me regarde me branler
(16/04/2006)

video marrante sur un mec constiper
(15/04/2006)

ce que l'on ressens en buvant de l'eau de javel
(11/04/2006)

beau mec a louer sur marseille
(08/04/2006)

mamans qui se caressent devant leur fils
(02/04/2006)

chiennes senegalaises
(31/03/2006) (Non mais insulte pas mon amie Berthe !!)

Sur ce, bonnes vacances ! (Pour ceux qui en ont !!!)

19 avril 2006

Petite étoile familiale


"Après ce bain de boue je saurais mieux admettre un monde où je ne fasse pas tache." (Samuel Beckett, Malone meurt.) Il faut lire ce livre, c'est renversant de vérité ! Coup-de-coeur !

Comment dire ? Je ne suis pas très famille à la base. En fait, tout ce qui est réunion familiale me prend souvent trop d'énergie ; il faut être poli, il faut être gentil, il faut être bien mis... Déjà, quand j'étais jeune, j'allais souvent à reculons dans mes propres soupers de famille, avec le temps, ça s'est amplifié dès qu'on prononce le mot famille lol ! Je vais donc souvent à reculons dans les soupers de ma famille, dans les soupers de famille de mon chum... alors dans les soupers de famille de mes amis... ? Je n'y pensais même pas, tellement j'étais assuré de dire un non sec et rigide à peu importe qui me le demanderait. Et pourtant... !

Et pourtant, je suis allé souper dans la famille de Benjamin hier soir. Pourquoi je l'ai fais ? Il y a plusieurs raisons je crois. Disons que la prédominante était de lui rendre service, de lui alléger la tache. En effet, je croyais que le simple fait de me pointer la-bas allait parler de lui-même. Non pas que Benjamin et moi formions un couple, mais entre vous et moi, un fils qui ramène un mec à souper à la maison, ça peut paraître assez clair aux yeux des parents non ? C'est ce que je croyais sincèrement. Et pourtant... !

Et pourtant, j'avais cette petite appréhension de ne pas paraître "bien", de faire honte à ma "famille" québécoise ! De ne pas être représentatif ! Et du coup, j'ai attrapé la grippe deux jours plus tôt ! Me voilà donc qui parlait du nez ; tout pour faciliter ma compréhension ! Et pourtant...

Et pourtant, j'ai été attiré par un souper dans une famille française pour l'expérience. L'expérience pure du père français, de la mère française et de la petite soeur française ! En fait, j'avais une image de Mai 68, du film de Bertolucci "The Dreamers" (tiens je viens de trouver à qui ressemblait mon ami Stefan: à Michael Pitt !). J'imaginais déjà son père me faire de longs discours sur la littérature française qui me plairait ! Je voyais déjà sa mère me poser mille questions sur mon avenir et ma vie. Et pourtant...

Et pourtant, eh bien, pourtant ! J'ai trouvé qu'il y a eu des ressemblances avec mes idéaux. Son père m'a bel et bien parlé de littérature, sa mère m'a bien posé des questions sur mon avenir. J'ai rencontré une famille remplie de bonté, de sympathie et de curiosité. Des gens cultivés, qui ont voyagé et qui ont bien élevé leurs enfants. Autant du côté de la mère que du père (et Dieu sait que j'ai toujours une préférence pour un ou l'autre quand je rencontre une nouvelle famille !) ce fut une joie de discuter avec eux, d'une simplicité naturelle et malgré ma gêne dû plutôt a mon rhume, j'ai trouvé que la soirée s'est très bien passée. Et pourtant...

Et pourtant, j'ai réalisé aussi beaucoup de choses. Des trucs concernant Benjamin. En arrivant là-bas, j'avais toujours en tête de saisir la question qui ferait en sorte de pointer ma préférence pour les garçons. Je sentais que ma mission était d'alléger le dur labeur du "coming-out du seul fils de la maison", ainsi dès que sa mère m'aurait demandé: "As-tu une copine ?", par exemple, j'aurais vite sauté sur l'occasion de dire: "Non, j'ai un copain", blah blah blah, etc. Je m'imaginais vraiment échanger naturellement sur le sujet, histoire de prendre la tension parentale, de voir comment ils réagiraient. Et pourtant...

Et pourtant, non. Je n'ai rien fait de tel. En fait, je n'ai pas eu besoin de rien faire de tel. D'ailleurs, la seule allusion à une vie de couple que j'ai déclarée ce soir-là, ce fut vaguement un truc concernant une ex-copine qui habitait près de Tadoussac (Ils me parlaient des baleines, attraits typiquement français !!) Donc, je n'ai jamais parlé de ma situation "réelle". J'ai tout de suite vu que le stade était déjà dépassé, que ses parents rempli d'amour inconditionnel savaient déjà, qu'en "avouant" (je n'aime pas le terme avouer, mais c'est quand même, encore aujourd'hui, celui qui se prêtre malheureusement le mieux à l'homosexualité) sa préférence, Benjamin ne risquait pas grand chose, sinon de se soulager lui-même. Et pourtant...

Et pourtant, ce n'est pas facile de se soulager soi-même lorsqu'on accepte plus ou moins difficilement qui ont est. Je lui ai glissé que ses parents "étaient prêts", prêts à entendre la vérité qui confirmerait leurs soupçons. Mais en même temps, je sais que Benjamin attend d'être à l'intérieur d'un couple stable, de vivre quelque chose de si fort qu'il finisse par balancer le morceau comme on recrache un bout de salade coincé entre nos dents. Personne ne peut lui en vouloir, et sûrement pas moi, puisque j'ai fait la même chose, attendre d'être dans un couple qui comptait pour moi avant de m'avouer à la famille qui savait déjà... Enfin... J'ai compris d'où provenait la bonté qui émane de chez Benjamin. C'est tout de même une chance que dans cette univers de français plutôt "froids", je sois tombé sur un être aussi attentionné et délicat. C'est une bonne personne. Il part au Cambodge pour enseigner à des enfants d'âges primaires. Des enfants qui vivent près des décharges... dans les décharges. Ça lui donnera un dur coup au début, ce sera difficile, déchirant, il aura probablement envie de revenir dans son lit à Aix, mais au bout du compte, il sera fier de l'avoir fait, d'avoir réussi ce projet. Un peu comme moi qui est venu habité une année en pays français. Mais lui connaîtra la misère humaine, la verra tous les jours, y touchera même. Et je l'admire pour ça, parce que je sais que même si je suis prêt à m'expatrier au bout de la terre, je sais que j'ai quand même besoin d'un minimum de confort, au moins d'une petite chambre privée en résidence. Et pourtant...

Et pourtant, c'est finalement la meilleure chose qui pouvait arriver à Benjamin. Partir, voir la misère des gens. Je suis sûr qu'à son retour, la question de sa sexualité sera bien loin derrière lui, elle aura pris un nouveau sens, peut-être même quelque chose de banal en comparaison aux problèmes humanitaires qu'il aura vus. Alors il pourra y aller, laisser le voile glisser sur sa vraie nature, avouer ce "crime" encore puni par la peine de mort dans certains pays aux lois ridicules. Se libérer, le dire pleinement: "J'aime un homme. Et qu'est-ce que ça peut vous foutre ?"

Et pourtant... si c'était si facile...

Ah oui, pour ceux que ça intéresse: Le Crédit Lyonnais OUT ! Compte fermé !

15 avril 2006

La galère


J'aurais simplement envie de déclarer:"Fuck la France !"

Je travaille dans une institution bancaire depuis plus de trois ans, et c'est la première fois que je vois ! Vendredi, je reçois une lettre recommandée me demandant de me présenter au bureau de poste le plus près de chez moi. J'y vais... mais c'est fermé. Dans ma tête, c'est sûr que c'est le disque de Massive attack que j'ai gagné, ou les tickets pour Radiohead. Jamais je n'aurais deviné ce qui m'attendais samedi matin quand je suis retourné à la Poste. Une belle mise en demeure ! De que c'est ?? Ça provient de ma banque, ça me dit que mon compte est à découvert de 1.84 euros et que mon compte de crédit vient d'être annulé, que je dois rentre ma carte Visa et tout le tralala. Mais qu'est-ce que ce putain de bordel ?? Je ne comprends pas, je n'ai pas fait d'achat depuis un mois, il n'y a rien qui a passé dans mon compte, et la dernière fois que je l'ai regardé, j'étais en crédit de 2.53 euros. Je prends ça à la légère, de toute façon, tout est fermé pour le congé de Pâques. J'appelle tout de même le service de compte pour connaître mon solde, parce que j'ai déposé mercredi un chèque de 42 euros pour ma job. Eh bien, j'apprends que mon solde est de 7 euros !!! Les tabarnaks ! Ils m'ont facturé 35 euros de frais pour un découvert de 1.84 euros. Et j'ai appris que ce découvert est seulement dû à la banque elle-même, qui a pris des frais que je ne comprends toujours pas. Vous pouvez être sûr qu'ils vont entendre ma façon de penser mardi matin ! Je ferme mon compte assurément. NE FAITES JAMAIS AFFAIRE AVEC LE CRÉDIT LYONNAIS ! Vous pouvez être sûr qu'ils vont avoir la plus mauvaise publicité de ma part aussi ! Et je vais leur dire en criss !

Pour ajouter à ma frustration, j'emmerde les profs de l'université ! On vient de passer près de deux mois à rien foutre, et là, maintenant que l'école est officiellement réouverte, ils nous envoient tous des devoirs à faire par Internet... Et à remettre genre le 3 mai ! Quelle stupidité ! Je dois donc me tapper trois travaux durant les cinq prochains jours, parce que bien sûr, eux, ils se foutent bien qu'on partent en vacances pour la semaine de printemps ! Le pire, c'est de lire sur le site de l'université que je dois remettre un travail le 3 mai dans un de mes cours, un travail dont je ne connais même pas le sujet ni la question !! Complètement ridicule !

Ça fait quand même étrange de se refoutre la tête dans les bouquins. Je lis 12 livres par jours pour essayer d'y arriver avant que mes amis s'amènent. Je trouve le défi intéressant, quoique je m'aurais bien passé de tout ce stress. Dur dur de se remettre à bosser quand on a rien fait durant des semaines. On finit toujours par payer.

Sinon, appart ça, je tiens la route. J'ai cuisiné des fajitas à Benjamin hier soir, et je me suis surpris moi-même, car ils étaient excellents, presque comme à la maison. Je deviens un vrai cook ! J'adore.

J'ai travaillé ce matin. Passer des flyers dans les magasins de la ville. Ça s'est très bien passé. Et sur tout le lot, seulement une personne s'est rendu compte que j'étais québécois ! Parfois, je m'ennuie de la simplicité du Québec... mais en même temps, c'est à double tranchant. Hate de revenir, mais peur aussi.

12 avril 2006

Resourire


"Tout désespoir n'est pas perdu" (Yves Navarre, Le Temps voulu.)

Allons ! Allons ! La vie est belle, le temps est beau, les gens s'ennuient tout autant que moi, alors ça me rassure. C'est un peu con de se fier au tempérament des autres pour analyser son propre comportement, mais il y a des moments où c'est ce dont on a besoin.

Dans un salon de thé, fumant le shisha au cerise, j'ai observé toutes ces âmes en pleine relaxation. Instant calme, jeux de dominos, une amie avec une guitare sèche à la main. Ce genre de petit espace-temps où on s'abandonne aux autres, où les discussions se chuchottent dans un coin, assis sur des tonnes de coussins.

Rencontre avec quelques nouvelles personnes, baisse de la dépression par la parole. Hannah quitte déjà samedi. Premier départ du groupe uni, et encore une fois, on se rappelle qu'il ne faut pas s'en faire. On quittera tous un après l'autre, comme des moutons qui se font arracher la vie par le renard sans remords. Hannah part vers Paris, puis à Londres pour travailler, elle s'en va ensuite en pays chaud. Elle reviendra par le Canada avant de rebifurquer vers son chez-soi, à Sydney.

On a tous un parcours un peu fou, des tonnes de villes et de paysages derrière soi. Je suis toujours impressionné d'entendre les gens raconter leur périple, savoir ce qui les ont poussé à choisir tel endroit pluôt qu'un autre.

Vendredi passé, je suis allé à une réunion concernant notre avenir universitaire, et la directrice voulait savoir s'il était possible de nous rejoindre pendant les vacances de printemps. Personne n'était disponible. J'ai dis que j'allais être à Amsterdam, une autre à répondu l'Irlande, un autre l'Italie, une autre l'Espagne, un autre l'Angleterre, une autre l'Autriche, deux autres Pragues. Nous sommes des petits explorateurs du globe, on recherche cependant la même chose: la vérité de notre propre moi, un indice qui nous fera découvrir qui nous sommes vraiment, si un tel coin de pays a réussi à réveiller une partie cachée de nous.

Et dimanche, j'ai parlé à mes parents sur Internet, avec une webcam. Ça s'est bien passé. Mais ils m'ont montré ma chambre, cette espace que j'habitais dans leur maison. Et tout à coup, ce fut clair. Je n'ai pas reconnu l'endroit, ou plutôt, je l'ai reconnu comme un souvenir qui ne serait jamais totalement réactualisé. Je n'ai plus senti ma place là-bas, je n'ai plus eu envie de revenir en arrière, de remettre les compteurs à zéro. Je suis ailleurs, entre deux dimensions, et je sais que le retour sera tout sauf réconfortant. Ce sera comme une page du passé déchiré que l'on retrouve par hasard dans le fond d'un tiroir. On s'y sent emprisonné si on s'y attarde trop longtemps.

Regagner son sourire, reformuler des projets et les attendre comme s'ils n'arriveraient jamais. J'ai décidé d'acheter un ticket pour aller voir Massive Attack à l'Europe2 live. Le cadre "ambiance" sera pas à son meilleur, mais passer mon dernière week-end de France à Paris me semblait une bonne idée. Visiter le Zénith aussi. À court terme, je crois bien que je vais aller voir une course de taureaux en pleine ville samedi. Un peu de chaleur animale ne fera pas tort (!)

11 avril 2006

En panne... histoires à finir


Un jour, j’ai rencontré cette vieille femme sur le trottoir qui m’a dit : « Si tu crois que le ciel t’aidera, c’est que tu n’as pas assez confiance en tes propres actions.» Je l’ai regardé d’un air hautain, lui répliquant que je n’avais même jamais songé à observer la couleur du ciel, parce que ma confiance en moi était-elle que je ne cherchais aucun signe d’appui dans la réalité de cette vie. Elle m’a sourit, m’a touché l’épaule, puis elle a traversé la rue. Un simple coup de klaxon l’a figé sur place, mais bien vite, une voiture sport lui a fait l’amour, la percutant sur son capot, la chevauchant sous ses roues et la laissant pour morte dans en ce beau matin d’août. J’ai levé la tête au ciel et j’ai compris qu’elle veillerait sur moi.

Il y a des choses qui ne changeront jamais. Il y a des douleurs inévitables, des calvaires répétitifs, des obligations et des contraintes lassantes.

Je lui ai demandé de me sauver. Elle m’a dit : « Seuls tes pleurs pourront arriver à retenir ton âme. » Je n’ai pas compris. Je ne comprends toujours pas ces mots qu’elle a prononcé comme une poétesse

Soupirs. Qui a dit qu’écrire était facile ? Je n’ai pas d’idées, je n’ai pas de construction logique en tête. Pourtant l’illogisme est la meilleure inspiration.

Je l’ai détaché. C’est moi qui l’a délivré de ses liens. Pour me remercier, son corps s’est évanoui dans les draps tachés. On aurait dit une sculpture, une femme glacée, l’image d’une fontaine de sang.

Je l’ai croisé dans une ruelle de Venise, à minuit et quart, alors que la population s’endort après le dernier orgasme. Un lundi soir dans la brume désolante. Elle replaçait sa chaussure… non, elle arrachait son talon-aiguille. J’ai pensé à une pute d’Amsterdam ; il ne manquait qu’une vitrine et un peu de psychotrope pour y croire. Lorsqu’elle m’a aperçu, elle s’est ruée vers moi, la tête baissée comme un taureau qui attaque. Je me suis dirigé sur ma droite, elle s’est frappée la tête contre le mur de la ruelle. Depuis cet instant, elle dort dans mon lit.

Elle m’a demandé si je l’avais vu. J’ai répondu oui, sans comprendre que je ne comprenais pas. Elle a soupiré, m’a confié que ce n’était pas la première fois qu’elle abattait un homme.

Elle dort comme une chatte qui vient de mettre bas, et je me questionne comme un adolescent qui vient d’embrasser un garçon pour la première fois.

Elle s’est réveillée en sursaut durant la nuit. Une confidence : « Toi et moi, ça ne pourra pas durer. Tu aimes ce que j’aime, alors tu es un obstacle à mon combat. » Je n’ai jamais su comment elle avait fait pour me cerner aussi facilement, mais j’ai compris qu’il valait mieux la laisser dormir encore, la laisser rêver autant d’heures qu’elle serait capable d’aspirer.

J’ai regardé ses courbes sous les draps. Ça devait faire six ans que je n’avais pas vu de femme nue. Elle s’est rasée le sexe, c’est une mode conformiste maintenant.

Je suis aller au toilette, une main dans les jeans, me tâtant pour m’exciter un peu. J’ai pensé à un jeune homme sur une pub de « GAP ». Je ne voulais surtout pas la voir dans mes fantasmes, je ne voulais surtout pas recommencé « ça ».

Ma mère me demandait souvent ce qui était arrivé à l’amour. L’amour, c’est devenu le corps, le corps c’est devenu le sexe, le sexe c’est devenu l’anonymat. Je ne me rappelle plus de mon dernier mec. Elle ne doit pas se souvenir non plus de son dernier meurtre. Je l’ai réveillé à quatre heures du matin pour qu’elle me raconte. Elle a seulement dit que « A plus B égalait C ». Je l’ai pénétré avec violence. Neuf mois plus tard, elle donnait naissance à notre enfant.

Tant d'histoires que je n'arrive pas à finir. Panne d'inspiration.

09 avril 2006

Dépression alcoolique

Pierre Lapointe - De glace


"Il faut deux personnes pour faire un homme, mais il n'en faut qu'une pour mourir." (W. Faulkner, Tandis que j'agonise.)

Ça ne va pas très bien ces jours-ci. Malgré les rayons lumineux qui brillent sur ma peau, malgré la chaleur d'été, les petits cumulus qui naviguent dans le ciel, la musique des bistrots, les gens qui se dénudent. Il y a un manque. Un manque qui pèse, qui forme le poids d'un rocher dans mon dos.

Je n'existe pas. Je ne suis plus. Everything isn't in it's right place. Pas au bon endroit au bon moment. Je m'ennuie. Je m'ennuie comme jamais de mon pays natal, de ma vie ancienne que je prenais plaisir à plaindre. Les secondes du sablier s'écoulent sans le moindre élément nouveau, je suis vide, tellement vide que chaque jour je me remplis d'alcool.

Je vois trop souvent le même ami ; la bouteille sombre d'un Bordeaux rouge. Et dans ce ciel bleu, qui m'appelle, qui me réclame. Désir de disparaître, de ne plus être, pour le peu que je suis encore.

Alors je lis. Je lis le récit des vies d'autres pédés. Je suis tombé sur ce site Un blog, une vie (de PD). L'auteur me parle, me chuchotte sa déchéance au creux de l'oreille. Rencontres sur rencontres, analyses des hommes, de la vie, d'une société en mal de communication. J'accroche rarement à lecture de l'existence des autres. Le boulot, métro, dodo ne m'intéresse pas. Mais ce jeune homme a le mot juste. Il me capte, il aspire mes réflexions dans toutes ses phrases si douces, qui bercent comme la main tendu d'un ami.

Et j'essaie d'avaler le peu de vitalité qu'il me reste. Je tente de penser à autre chose, de connaître autre chose, mais je suis lâche. Paresseux alcoolique, peureux de nouvelles relations, j'ai rencontré tant de gens qui m'ont déçus. Je ne me sens plus d'attache sur la terre de nos ancêtres. Montréal, où es-tu ? Me reconnaîtras-tu à mon arrivée ? Mon arrivée arrivera-t-elle ?

Pour la première fois de ma vie, je me rends compte que ce qui compte, ce n'est pas la destination du voyage, mais le voyage en lui-même. Inutile de raconter que j'ai vu Barcelone, Amsterdam, Bruxelles, Florence, Venise ou toutes autres villes. Ce qui résonne, ce sont les moyens de s'y rendre, la vie vécue là-bas, absorbé par les rues, par les rues qui ne me connaissent pas.

Je suis un immigrant européen, un intrus sur un territoire qui ne m'appartiens pas, qui ne m'appartiendras jamais. Et pourtant, les jours avancent, et de moins en moins je me reconnais une place ici. J'ai l'impression de vivre une blessure d'amour, le coeur déchiré par la trahison d'une vie nouvelle.

Tu peux jeter la pierre, moi je ne sentirai rien
Car je suis fait de glace
Oh ! Je suis fait de glace.
À force de tomber, l'âme trop épuisée
J'ai fini par comprendre que tout malaise se passe
Que tout malaise se passe...
Et puis, cette musique que j'entends sans arrêt
Je sais qu'elle sera tienne, je sais qu'elle sera mienne
Celle de l'astre qui tombe,
car lui aussi succombe
au désir de tomber toujours un peu plus bas
Toujours un peu plus bas
Je sais qu'encore hier...
L'amour s'est liquifiée
quelque part entre nous
au trois quart de l'allée
Resterons-nous toujours, pleurant à ses côtés ?
Espérant retrouver l'ardeur des premiers jours
L'ardeur des premiers jours...
Tu peux jeter la pierre, moi je ne sentirai rien...



07 avril 2006

Ces années-là

Ben E. King - Stand by me


"Il m'aurait fallu d'autres amours, peut-être. Mais l'amour ne se commande pas." (Samuel Beckett, Premier amour.)

Avant elle, il y avait eu de nombreuses elles. J. en première année, J. en deuxième année, J. en troisième année. Puis il y eut le coup de foudre pour V. une blonde aux yeux bleus. Nous étions en constante confrontation. Je brisais ses crayons, elle envoyait un de ses genoux entre mes jambes. Je la haïssais le soir, je la haïssais tellement que j'en pleurais d'amour. E. a fini par la remplacer. Et ce fut encore pire, mais mieux. E. était la femme rêvée, vraiment l'ultime rêve de tout homme. Mon amour pour E. s'était révélée par un film, et je me souviens encore du titre ; "Le pouvoir d'un Con". Histoire banale racontant comment un gros con pouvait charmer la fille la plus lumineuse. Ce film m'avait donné une confiance immense. Et cette confiance avait porté ses fruits. Je l'avais amené dans le lit de mes parents. Nous avions visionné un film pour adulte de 1980, avec des chattes et des couilles poilues comme on n'en voit plus aujourd'hui. Sur le lit, des massages, une intimité, une tendresse qui me faisait oublier mes excès de poids. Je lui avais demandé de m'embrasser. Elle avait hésité, mais elle s'était décidée. Je ne me rappelle pas le goût de ses lèvres, je me rappelle seulement la fierté d'avoir réussi à séduire avec ce corps qui m'accaparait. J'ai raconté l'histoire à C. Il en a fait un drame parce qu'il ne me croyait pas. Alors E. l'a su, et j'ai perdu E. pour toujours.

Durant les vacances d'été, j'avais renoué avec V., mais impossible d'avoir quoi que ce soit de cette femme si prude. Elle a refusé ma proposition de partir une semaine en Floride. J'ai donc invité mon ami du temps ; S. Avec S., la vie était facile, sans prise de tête. Depuis quelques années, nous regardions des films porno ensemble, sans rien faire. C'est lui qui m'a montré à me masturber, de très loin, un seul fil téléphonique nous reliant. J'avais 12 ans. Lors de ses vacances en Floride, une certaine curiosité s'est développée, elle était déjà là, mais elle semblait plus alarmante à présent. Dans le même lit avec S., on se caressait chacun pour soi. Et pourtant, lorsqu'il avait joui et que je n'y étais pas encore, il prenait mon sexe entre ses doigts, s'amusait un peu, et je rouspétais... j'avais si peur des jugements d'autrui que je me jugeais moi-même. Pourtant, un soir qu'il dormait, j'ai pris ses doigts et je les ai moi-même mis sur mon sexe.

En secondaire 1, il y eut C., une fille timide, à qui je n'ai jamais osé avouer un quelconque amour. Puis il y eut C. encore, qui m'avait fait un joli coeur pour la St-Valentin. Et comme je ne ratais aucune occasion de chercher l'amour, je m'étais intéressé à elle. Ça n'a pas duré longtemps. N. est entré dans ma vie. N. et moi, on était les meilleurs amis du monde. Et parfois, la nuit, je rêvais de lui. Sans plus.

L'intrigant J. est ensuite entré dans ma vie. Comme une masse qui frappe un mur de plein fouet. Soudainement, je n'ai rien vu d'autre. En fait, j'avais calmé mes ardeurs dès le départ. Pour une question d'amitié avant tout. Pourquoi J. s'intéresserait-il à un gros, alors qu'il peut avoir tous les amis cool du monde ? Et pourtant, J. est resté. Un J. aimé de tous, un J. qui me gênait, qui me contredisait, mais à qui je n'avais plus peur de répliquer avec le temps. Un été réuni, une aventure avec C. et Y., une petite famille, intime, incestueuse même. L'amour de J. et C., le pincement au coeur chaque fois qu'il l'embrassait. À cause de moi d'ailleurs. Ils étaient tous les deux accroupis sur le sol de ma chambre, en train de se chamailler. Ce jour-là, je venais de me faire poser un nouvel appareil dentaire qui me faisait souffrir comme jamais. J'ai vu leur hésitation. J'ai lancé le jeu pour eux, comme on envoie balader une serviette. Adviendra ce que Dieu ou le Diable en veulent ! J'ai lancé un : "vous mourrez d'envie de vous embrasser. Arrêtez de niaiser et faites-le !" Et devant mes yeux, ils ont saisi l'opportunité trop bien offerte, ils ont mêlé leur langue, et tout à coup, ce n'est plus l'appareil dentaire qui me faisait souffrir. C'était les coups de couteaux sous chaque mouvement de leurs corps, de leurs mains et de leurs bouches. J'en ai voulu à C., mais en fait, je m'en voulais à moi-même de vivre ce chamboulement.

Chaque fois que C. se levait le matin, je savais que J. s'était glissé dans son lit. Parfois, j'en avais la preuve, avec cette trace de sperme séchée qu'elle portait inconsciemment sur le front. Parfois, j'imaginais, me réveillant en pleine nuit, dans l'illusion de la voir à ses côtés. Et elle semblait là, si réelle, et pourtant non. Elle a fini par s'éloigner. Déchirure d'adolescence. Même si elle revenait dans le portrait parfois, même s'ils se caressaient encore lors de quelques fêtes, le lien n'était plus aussi intense, et je souriais à l'intérieur. Je souriais d'avoir vaincu un obstacle.

Quand A. est entrée dans ma vie, je n'ai pas compris tout de suite. Tout s'est passé comme un coup de feu. Bang, mélange de salive, surprise de découvrir de nouveaux baisers profonds, érection dans le pantalon, revirement de situation. Quoi ? Moi, bander avec une fille ? Et la confiance qui revient d'un coup sec. Ces soirées passées devant des vidéos, dans sa chambre à danser devant la petite soeur faisant office de chaperon. Et tout à coup, l'impression d'une douleur dans les yeux de J. Une impression rêvée, des signes qui ne voulaient rien dire, mais que je prenais pour des souffrances intimes. Et toujours, cette amitié de plus en plus proche. Deux étés. Deux étés complices, à maigrir sous son approbation, à devenir mince, anorexique. La session vidéo écourtée, moi grimpée sur A., le sexe sorti de mes pantalons, excité comme un fou, J. un peu plus loin qui matte le film, ou peut-être qui me matte par curiosité, mais qui finit par se fatiguer et veut rentrer. Encore quelques baisers volés, puis un au revoir à A., toute frémissante.

Ça ne pouvait pas durer, c'était lié par l'échec bien avant le début. Un soir, A. se sent prête, mais tout à coup, elle n'ose plus. Un autre soir, A. se donne, mais je ne réfléchis plus, et je baisse la culotte. Un cri. Un cri qui résonne comme la fermeture d'une passerelle, à 15 ans, un cri qui foudroie, qui bloque, qui fait perdre l'érection. Le début de la fin. Quelques essais plus tard, mais sans réponse dans mes pantalons. J. écoute mes inquiétudes. J. réfléchit, J. me parle en me regardant droit dans les yeux. Des yeux qui me font fondre, deux yeux qui me paralysent, qui me présentent toute ma soumission devant ce "grand"... devant ce grand sexe qui se dresse près de moi. Et cette télévision embrouillée sur des postes érotiques. Ces cris étouffés, ces sauts d'images, ce flou que l'on regardait distraitement parce que notre attention était trop portée sur le sexe de l'autre. Une invitation à la caresse, un remords absolu. La fin d'un couple le lundi matin avant la cloche des cours. Le mal dans mes yeux. Le mal dans mes yeux de ne pas pouvoir dire la vérité, de ne pas pouvoir dire pourquoi je mets fin à ma relation avec A. Ce silence devant l'attente de l'explication. Ces larmes quand elle me demande de lui dire de vive voix : "Je ne t'aime plus." Et moi, de retrouver mes larmes aussi, et de répéter cette petite phrase. Le retour vers le groupe, hésitant, marchant comme quelqu'un aillant bu un gallon d'alcool. Le regret, puisque tout allait si bien. L'attitude des autres, qui demandent tous pourquoi. Ces vipères qui veulent connaître tous les potins. Et le regard de J. compatissant, la main sur ma cuisse, cette main large, ces phalanges que je m'imaginais caresser, embrasser, sucer.

Dernière année du secondaire. Flirt avec K., une fille dans le cours de sexualité. Flirt qui s'arrête dès qu'elle s'intéresse à moi. Sentiment de culpabilité. Mais l'automne arrive, et après ces dizaines de petites soirées devant la télé embrouillée, cette envie de vivre autre chose, de pouvoir comparer les désirs. Flirt encore avec K. Officialisation un après-midi lugubre de novembre. Directement, en plein couloir, un baiser qui veut en dire beaucoup. Un appel téléphonique le soir même : "Tu t'engages là ? Je n'ai pas envie d'un autre flirt. Je veux du sérieux, je n'ai pas envie de souffrir comme la première fois." Femme possessive. Je suis faible, j'accepte le contrat, mais je sais qu'un jour ou l'autre, elle souffrira.

Durant tous ces jours, un J. m'accompagne, lumineux, en amour. Un amour d'adolescence certes. Un amour tout de même. Il me demande de mettre son sexe dans ma bouche. Et j'accepte pour la première fois. Il me demande si j'avale. Et je ne réponds pas, mais je reçois ces giclées salées et amères au fond de la gorge. Par le geste, nous le savons, je viens d'offrir beaucoup plus que de l'amitié. Mais il est bon dans sa jeunesse de se raconter de belles histoires. Des fables sur une amitié virile entre hommes, qui ne touche pas au fil de l'amour, qui sait se retirer avant les émotions. Oui oui oui. J'encaisse tout. J'encaisse J., parce que J. me fait vivre à ce moment-là. Et le lendemain matin, il retrouve sa jolie blonde, je retrouve ma brune, nous sommes assis face à face, en couple, discutant avec les autres comme si rien ne s'était produit, comme si nos sexes ne s'étaient jamais croisés. Et pourtant, ces petites blagues, ces petits gestes, ces petites attentions.

Le soir, dans les draps avec K., après un cunnilingus aussi palpitant qu'une course de tricycles, l'image de son sexe me revient en tête. Incontestablement, je vois cette tige, cette peau bronzée, veinée, ce gland rose, un rose bonbon qui attire la langue. Je prends un peu de précum sur mon propre sexe, je glisse un doigt dans la bouche de K. Elle se la joue cochonne. Elle dit qu'elle aime ça. Je lui viens sur la poitrine. Elle se couche, puis je file en douce. Je file retrouver la deuxième partie de ma vie, le secret enfoui, l'existence souterraine. Il est là, attentif devant la porte d'entrée, en flattant le chien C. Nous descendons au sous-sol et il me demande de faire "comme la dernière fois, juste deux-trois coups". Je m'applique.

La graduation approche, mais je file avec S. et G. en France. Sans avertir K. Sans avertir personne. Pas même J. J'ai besoin de comprendre, de savoir, de comprendre encore. Mais tout ce que je comprendrai, ce sera deux sexes supplémentaires, quelques threesome pas très excitant. Retour au Québec, froideur de J. Froideur de K. Je sais que tout s'achève, je sais que je dois en quitter un. Je sais que ce sera K. Longue discussion avec J. Il veut savoir pourquoi je l'ai trahi. Je voudrais répondre : "Pour que ça te fasse mal", mais malgré son air sérieux, je sens qu'il s'en fout. Il veut réparation. Et cette fois, ce sera sans l'écran de télévision. Dans mon lit. Un homme dans mon lit. Pour la première fois. Je laisse K. au téléphone, comme un adolescent lâche, ou comme un adulte qui cache quelque chose. Elle m'envoie des menaces, me dit qu'elle volera mes prochains manuscrits, qu'elle les brûlera, qu'elle fera de ma vie un enfer. Elle ne doit pas savoir pour J. mais d'autres amis savent à présent. N. et Y. et C. et J. Ils savent tous, et finalement, ils s'en amusent, n'y croyant pas trop. Et pourtant, nombre de fois ils sont sur le point de nous surprendre. Ils sont probablement juste trop saouls pour comprendre vraiment.

Un soir de mai, je rencontre G. Il est français, il est jeune et arrogant. Il part vivre à Paris le surlendemain. Au début, je le hais, ensuite, il me charme. L'arrêt du métro me mènera dans son lit, une liaison douce, un partage honnête, un sentiment qui fait croire pour la première fois à quelque chose au-delà de l'amitié, peut-être à l'amour. Je refuserai de dormir dans ses bras. Je le regrette sincèrement. Je ne l'ai plus jamais revu.

Cet été-là, A. entre dans ma vie. Une rencontre dans un bar, une chambre d'hôtel, une marche pressée vers un but ultime ; ma virginité envolée. Premier essai, ça ne fonctionne pas. Cette capote me fait débander. Deuxième essai dans la douche, cela fonctionne soudain. Adieu la capote. Cette femme devient importante. Elle est femme, elle connaît la vie, elle connaît le sexe, elle donne l'impression de diriger, mais je me rends vite compte que je garde le contrôle. Et la vie s'accélère, comme elle en a l'habitude quand tout va trop bien. Je me réveille un matin de juillet, le soleil éclatant dans le ciel bleu, la chaleur sur ma peau, Rabbits in your headlight dans les oreilles. Je suis un homme. J'ai joui dans le sexe d'une femme. Deux ou trois fois. J'ai bandé, j'ai aimé cette sensation unique, extrême, douce et féroce à la fois. Je fête cette victoire le soir même, en prenant ma douche avec J., en le savonnant, en le suçant, en l'embrassant pour la première fois.

J. veut rencontrer A., J. veut faire un trio avec A. Et malgré ma peur de ne pas contrôler les dérapages, j'accepte le pari. Et de le voir en elle, de sentir qu'il prend son plaisir dans son intimité, ça me donne des coups de couteaux aussi intenses que lorsque je le voyais embrasser C. dans notre jeunesse. Je n'arrive pas à départager la jalousie en deux. Est-elle égale face à elle et à lui. Est-ce un mélange des deux, des deux personnes que je gardais pour moi seul un jour ou l'autre de la semaine ?

Je ne m'en fais pas. Je présente plutôt S. à A., j'ai bien mon idée derrière la tête. Fan de trio, c'est plutôt avec lui que je veux former quelque chose avec A. S. accepte le rôle, s'y plaît, malgré une homosexualité qu'il revendiquait depuis longtemps. Ça lui passe, et tout à coup, la vie m'illumine sur ce destin qui me surprend et me séduie. Ce sont eux. Ils sont élus pour m'accompagner. Je revois J. une autre fois, pour une séance de photo porno. Il a de ces fantasmes parfois... Ensuite, la dernière fois où l'on se croise nu, c'est le soir de la catastrophe à 5 (je n'y reviendrai pas)

S. et A. sont beaux. Il a encore des airs d'adolescents, Elle a des airs de femmes prêtent à s'occuper de deux enfants. Je m'amuse souvent à m'improviser comme leur fils, réclame le sein ou le biberon. Malgré G., le copain de S., nous baisons. Nous baisons dans un plaisir qu'il m'a rarement été permis de connaître. Une sorte de cohésion de la nature. Et bien qu'aujourd'hui, tout désir de trio me soit passé pour de bon, je garde un souvenir merveilleux de ce temps qui me semblait sain et heureux. Souvent la jeunesse s'aveugle, où n'y voit que ce qui nous donne du plaisir. C'est probablement ainsi que je voyais cette union sacrée. Après un Noël magnifique, dans un Québec magique, la jalousie s'est éveillé chez A. Se sentir éloigné, exclu, alors que pourtant, elle était un point central. Je ne comprenais pas ses appréhensions. Je ne voulais pas saisir sa douleur, je crois même que je l'ai traitée de folle à plusieurs reprises, lui suggérant même d'aller voir un psy. La jeunesse est cruelle. Elle croit qu'elle a tout son temps devant elle. Mais pourtant, plus l'on vieillit, et plus l'on se rend compte que ce chemin temporel n'était qu'une illusion. Mais à 17 ans, on pense avec sa queue, avec ses couilles. On cherche à se vider, que ce soit dans la main de lui ou d'elle. Je ne compte plus les hôtels de passe à 30$ l'heure, je ne compte plus les chatouilles dans l'auto, les embrassades aux coins des rues, le fait de se tenir la main dans le quartier gai, le fait d'étonner tous ceux que l'on croisait. Cette force unique qui nous permet de supporter le regard des autres, qui nous donne deux fois plus de confiance en nous.

C’en fut trop pour A. Et je compris tout ceci beaucoup trop tard, avec l'arrivée de B., un mec venu de Suisse pour une semaine. Il allait passer la semaine entière avec elle, loin de moi. Et je savais ce qui allait se passer. Et c'est simplement à ce moment-là que j'ai senti l'abandon que A. pouvait ressentir quand moi et S. on repartait chez nous ensemble. Un double abandon, un double rejet. C'était déjà trop tard. Les trios ne durent pas. Celui-ci a passé le cap des deux années, avant de prendre une année entière pour s'écrouler.

Ensuite, ce fut le vague à l'âme. L'errance, l'errance pour tenter de retrouver quelque chose de similaire. Inutile de dire les échecs. Et pourtant, la vie se faisait chienne. Chaque fois, elle me plaçait dans la même situation, comme pour me rappeler ce que j'avais laissé partir. Toujours entouré d'un mec et d'une fille, toujours dans des situations pas possibles entre les deux. Une fois, avec un mec et sa cousine, une autre avec A. et S. (étrange la coïncidence des noms). À partir de ce moment, la vie sexuelle bascule, on se demande où on en est. On cherche du one by one, et quand on ne trouve pas, on se tourne vers le danger d'Internet. Chat de rencontre, rencontre fortuites, malaises après la jouissances, que ce soit P., D., L., ou d'autres types dont je ne me rappelle même plus le nom, ces rencontres ne m'ont amené à rien, sinon à me détester un peu plus et à détester le fait de ne pas être "hétéro", parce que chaque semaine, une nouvelle fille semblait me draguer à l'école. Et on se prend vite au jeu, l'homme aime plaire. Que ce soit vers le sexe qu'il préfère ou non, il aime attirer l'envie. Par contre, difficile de stopper le train quand il s'enfonce. Rencontres étranges avec des femmes, au lit avec deux d’entre elles, déception de celles-ci, ça ne fonctionne pas. Et non. Trop habitué à avoir le meilleur des deux mondes, trop habitué à des corps que l'on connaît déjà peut-être. Descente dans la drogue, prise de capsules, envie de s'éclater, de ne pas penser à demain. Et pourtant, l'envie de plaire aux femmes encore présente, de vendre un truc que je ne serais peut-être même pas capable d'amener. Déception avec Miss Extasy. J'ai compris avec elle que si je n'arrivais pas à "lever", c'était plutôt foutu avec les autres filles aussi. Un jour, j'ai dis à A. :"tu seras la seule femme de ma vie." Elle ne me croyait pas, et pourtant, j'ai pas l'impression qu'une femme pourra me faire vibrer plus qu'elle ne l'a fait dans ce temps la. De toute façon, je suis bien avec mon mec, là n'est pas la question.

La descente aux enfers continue. Je rencontre R. avant de partir en voyage en 2004, et j'en tombe complètement amoureux. Pourtant, je lui ai offert une performance super nulle au lit, sûrement parce que j'étais trop impressionné de la taille de son engin. Déception passagère. Encore descente dans la drogue, dans le vice. Un autre trio d'une nuit à Paris avec A. et S., plutôt amicale, mais amusant.

En décembre, un dernier trio avec R. et N. Il était à mon cégep et j'avais eu un Crush de la mort sur lui, elle était danseuse nue, une femme de 33 ans toujours sur l'extasy. Rencontre dans un rave à Tiesto. Cela restera l'événement le plus magique de ma vie de nightlife. Plusieurs sorties, dont même des sorties galantes dans les restos branchés de Montréal et dans les clubs gais. Jusqu'au moment ultime ; embrassade à trois, embrassade de fou et avertissement d'un gardien de sécurité pour grossière indécence. Menace d'expulsion du bar. Déchirure d'amour très difficile avec R. Des larmes devant maman, un coming out plus élaboré. On dirait qu'on désire toujours ce qu'on ne peut pas avoir. Et même si les hétéros embrassent des mecs parfois, ça reste des hétéros bornés ! Douleur, douleur et douleur. Perte du goût de trouver quelqu'un. Encore quelques rencontres Internet fades, qui laissent un goût amer en gorge, qui donne le goût de vomir devant l'aurore du matin. Je me souviens de ces nuits sans fin, en voiture, à flâner dans un coin de Montréal inconnu. Trouver des adresses d'inconnus, rencontrer un inconnu, caresser un inconnu. Ouf. Juste d'en parler, j'en ai des frissons. Ce genre de truc n'est pas pour moi. Arrêt total des rencontres internet pendant des mois, puis un petit courriel intrigant, un petit mec aux yeux mystérieux. J'ai saisi la chance, et même si je crache sur Internet, c'est quand même grâce à ça que j'ai connu mon amour et même de très bons amis.

Quand je regarde ma vie sexuelle, parfois je la trouve folle, d'autres fois je la trouve triste, et d'autres fois je la trouve prévisible. J'hésite encore à me demander si j'ai seulement vécu les expériences que je devais, si j'ai vécu des expériences de trop pour me cacher des trucs ou si j'ai vécu des expériences pour oublier des trucs. Je crois qu'il y a un peu une part des trois options. On ne peut pas toujours être honnête avec ses relations lorsqu'on les vit. Parfois, c'est plus fort que nous que de se flouer soi-même. Bref, je serais quand même curieux de savoir combien de mes "exs" me lisent encore, suivent le parcours de ma vie, alors que je ne connais plus rien de la leur. C'est un peu injuste en fait. Ceux qui veulent de mes nouvelles, ceux qui veulent potiner ou ceux qui veulent satisfaire leur curiosité n'ont qu'à venir s'abreuver, alors que moi, je dois faire l'effort de contacter, de piller sur mon orgueil pour leur parler. Je l'ai choisi vous me direz, oui vous avez raison.

À présent, j'hésite à poster cette longue entrée. Ça n'a pas nécessairement sa place ici. Mais bon, puisque ce texte, même brouillon, m'a pris deux heures à écrire, je vais le poster.

Maintenant, c'est terminé. Par ce post, j’ai répondu aux nombreux courriels qui me demandaient des infos sur ma vie sex. J'en ai marre d'en parler, et c’est pour cette raison que j’avais fait une promesse de ne jamais plus l'écrire ici. La voici tout de même en résumé, si vous la voulez en plus de détails, y'a toujours les romans pour vous satisfaire ! À bientôt ! Et n'oubliez pas, soyez prudent dans vos expériences et protégez-vous (fallait que je la sorte celle-là, je me sens toujours un peu responsable de la vision "free for all" que je donne de l'adolescence.)

06 avril 2006

What's Next ?
Vous avez remarquez comment l'humain est sans cesse insatisfait ? Bon, ce n'est pas nouveau vous me direz, mais tout de même, parfois, je me demande si ce qu'on ne cherche pas vraiment, c'est le bout du tunnel, la fin ultime, un truc qui pourrait nous confirmer qu'on l'a fait ! Mais qu'on a fait quoi au juste ? On attend toujours un événement. Sans cesse. Ne me dites pas le contraire. Dans notre jeunesse, on attendait des dates ; l'halloween, Noel, notre anniversaire... Puis on a vieilli et durant notre adolescence, on attendait le prochain congé, le prochain party, le prochain joint et la prochaine saoulerie. Nous voilà adulte, et qu'est-ce qu'on attend ? Les prochaines vacances d'été, la prochaine paye, le prochain film, le prochain disque, le prochain resto, la prochaine rencontre, le prochain amour, la prochaine baise, le prochain ami, le prochain enfant, la prochaine retraite, le prochain petit-enfant BANG, you're dead.

La vie est-elle simplement le reflet d'une attente continue ? L'attente reste, les événements sont interchangeables. Je me surprends moi-même parfois à agir de la sorte. Je suis en France, à Aix-en-Provence, j'ai réussi un projet que j'attendais depuis des années, et puis voilà que je pense à la fin avril, à quand mes amis viendront, puis je pense en mai, pour voir Radiohead, je pense en juillet où je retrouverai mon amour, mes amis et ma famille, je pense en septembre, où je retournerai à l'uqam, où je serai sans doute en appartement à Montréal. Et le fil de ma pensée s'écoule vers l'avenir, sans se saisir du présent et des minutes qui s'écoulent. Alors que je sais très bien que dans quelques années, je regretterai ce temps à flâner ici en terre française.

On souhaite toujours accélérer le temps, pour se vivre un événement plus vite, plus y arriver le plus prêt. Et la plupart du temps, on est si déçu qu'on voudrait retourner en arrière pour ralentir la cadence. Mais c'est trop tard. Je me souviens, il y a quelques années, après plusieurs déceptions, je m'étais promis de ne plus appréhender le futur. Et qu'est-ce que j'ai fais durant cette dernière année ? Je n'ai fait que ça ! Me projetter vers l'avant, courir plus vite pour semer le temps, pour y arriver et le vivre. Mais dès qu'on y est, à peine une seconde dans l'action, voilà que notre esprit se met à réfléchir au "What's Next ?".

Et en même temps, l'ironie du sort, c'est qu'on a l'impression de déjouer la monotomie en regardant une année en avant. Des dates cochées sur un calendrier, des rencontres prévues des mois d'avance dans un agenda, des trucs fixes qui ne laissent place à aucune imprévisibilité. Nous avons appliquer la structure du travail à notre vie personnelle, tenant des journaux, des agendas, des calendriers à jour, comme si l'avenir de notre vie en dépendait. J'accuse et je m'accuse en fait. Parce qu'on est tous pareil. On a tous envie de jours spécials, d'événements uniques, d'expériences magiques.

Ça me fait penser à mon ami François, qui écrivait dans "Tentations d'Europe", qu'il "attendait le moment où le fun arriverait". On se fait tellement d'idée sur pleins de trucs, on attend tellement d'être renversé par certains choses, que finalement, on mange nos claques seulement lorsqu'on avait rien prévu sur le calendrier. Un jour vide, un espace temps qui devrait morne, mais qui se révèle tout à coup magique. Malheureusement, nos agendas sont tellement surchargés qu'on ne vit que ces moments presque jamais. C'est entièrement notre faute.

Aujourd'hui, je marche dans un Aix ensoleillé, je regarde deux gamins qui court dans la rue, je passe à travers le marché du cours Mirabeau, puis le marché de la Mairie, près de l'avenue des Cordeliers. Tout ces petits gestes banales, et pourtant cette fraicheur qui me traverse le corps. Bientôt, la vue de ma chambre sera différente, bientôt je n'entenderai plus ces deux petites chinoises communiquer ensemble dans les douches, bientôt je ne verrai plus de couple uni pédalant sur un vélo en tappant des mains et en riant légèrement, bientôt je quitterai le quai des gares, je ne marcherai plus dans la crotte de chien, je ne me ferai plus chier à attendre des heures à l'épicerie, je ne me promènerai plus dans les couloirs d'une résidence remplie de chambres identiques, je n'entenderai plus Berthe gueuler dans son portable à trois heures du mat, je ne me ferai plus réveiller par mon voisin qui court après la femme de ménage à huit heures du matin, ni par les espagnols qui rentrent de leur soirée arrosée à cinq heures. Et pourtant, je sens déjà la nostalgie qui va être affreusement pesante à mon retour.

Mais voyez par vous-même, je parle déjà de nostalgie alors que je suis encore ici, alors que je peux vivre le maintenant. Ce doit être une maladie humaine, une sorte de virus qui nous pousse à vouloir toujours aller de l'avant. Sinon, on a l'impression de stagner, de ne plus en valoir la peine, de mourir doucement.

02 avril 2006

Un après-midi d'avril