After the Fall

Difficile de faire un condensé des dernières semaines, mais je vais tenter le coup tout de même.

Je suis parti en Europe, à Paris, dans le sud du Portugal, à Lisbonne, à Madrid... Retrouver les bons amis, retrouver des parcelles du passé, me retrouver moi-même en un sens. Je persiste et je signe, pour moi, chaque voyage est un exil qui me libère des années passées. Comme un nouveau départ dans une vie que je voulais effacer.

On ne décide pas de la fin d'un deuil, cela se fait plus ou moins naturellement. Il faut lâcher prise, certes, mais on ne peut pas choisir du jour au lendemain de cesser d'être atteint par un événement ou les gestes d'un être que l'on a côtoyé dans notre vie. En prenant le pari de partir, je ne savais pas trop ce qui allait en résulter. Ça s'est passé à Lagos, vers le 10 mai. Date « importante », car elle me ramenait une année en arrière, alors que mon ex laissait son pseudo-chum après qu'il ait découvert sa tromperie. Un court hébergement d'une semaine chez moi. Cette espèce de fausse impression de « victoire »; celle de reconquérir son ex pour une troisième fois. Je reste encore surpris de cette longue histoire qui s'est étirée sur six ans. On ne choisit pas d'aimer quelqu'un, ou enfin, on ne choisit pas de ne plus l'aimer.

Je lui ai écrit un dernier courriel en ce 10 mai, une toute petite journée avant qu'il fête ses trente ans. Je lui ai souhaité le bonheur, parce que c'est tout ce qu'on peut souhaiter quand le deuil est enfin passé, quand la pression et la douleur ne nous submergent plus de l'intérieur. Quelques semaines auparavant, alors que j'étais encore dans le même « pattern », je lui avais écrit pour lui demander de nous revoir. Il m'avait répondu quelque chose comme : « max, max, max, sauras-tu te retenir ? » En d'autres mots, il voulait savoir si ce n'était pas une énième tactique pour le faire revenir dans mon lit. J'ai pris du temps pour réfléchir à ce que j'avais réellement pensé quand je lui avais écrit ceci. Pour la première fois, pas l'ombre d'une envie de reconquête ou d'une envie sexuelle. Évidemment, s'il s'était offert à moi, j'aurais sûrement pris son offre, mais je me rends compte qu'elle n'aurait probablement qu'étiré mon deuil encore une fois.

Je ne peux pas expliquer réellement le déclic. Peut-être le fait d'avoir les idées claires, d'être « clean » depuis bientôt trois semaines. Peut-être simplement la fatigue de penser à un être qui se contrefout de moi. Il fallait donc lui souhaiter le bonheur, parce qu'il n'y a plus rien d'autre à dire que ça. Il n'a jamais répondu à mon courriel, l'a probablement supprimé avec des pourriels quelconques.

L'ironie est également que je me suis replongé dans l'écriture, donc inévitablement dans cette ancienne histoire. Mais peu à peu, j'ai vu le personnage de Luc prendre une distance avec mon ex. Ce n'est pas lui, ça n'a plus rien avoir avec lui. Il ne reste aucune parole, aucun acte précis.

Le roman avance. Les idées sont en places, la réécriture des premiers chapitres est déjà commencée. Il me reste cinq gros chapitres à écrire. Des chapitres qui n'ont plus rien à voir avec ma vie. Voilà que la fiction « embarque » enfin. Je crois que c'est bon signe, mais on ne peut jamais être certain avec un roman.

J'écoute le disque de Norah Jones en boucle. J'aurais pu écrire ses textes, car ils me rappellent ma propre histoire.

J'ai revu Sébastien à Paris. Nous avons couché ensemble deux fois. Je n'ai pourtant pas retrouvé le passé ni les mêmes émotions. Je me dis que ce serait probablement la même chose avec Luc. J'ai également rencontré un autre garçon. Je lui ai offert mon coeur pour 24 heures. Une aventure de voyage. Le mec n'avait rien à voir avec mes critères, mais je me suis laissé porter par cette entente. Il savait parler aux hommes. Il savait leur donner leur importance. J'ai été charmé par ce qu'il me disait, par ce jeu de séduction qu'il me présentait. Avec le temps, je me rends compte que ma séparation a affecté mon estime de moi. Je suppose que c'est toujours ainsi quand on se fait rejeter. On se déprécie, on en vient à se détester. Certes, j'ai encore beaucoup de choses à améliorer dans ma vie et dans mon corps, mais ce voyage m'a ouvert les yeux sur la personne que je suis.

Aucune mésentente avec Dana ou Antoine, ceux qui m'ont accompagné dans ce périple le plus longtemps. Je dois avouer que je craignais un peu des chicanes ou de l'incompréhension, mais tout s'est déroulé comme un charme. Malgré l'irresponsabilité d'Antoine, malgré tout cet alcool qui aurait pu nous faire péter les plombs. En 2004, je ne savais pas encore comment voyager tout à fait. J'ai appris à céder les décisions aux autres, à respecter leurs choix et leurs désirs. Je crois que c'est un bon point pour moi. Le contexte était également fantastique; un appartement immense dans le sud du Portugal.

On s'est fait offrir plusieurs fois de la drogue. Nous n'avons rien consommé. Je suis fier de nous. Nous devenons adultes, même si nous finissions souvent saouls à trois heures du matin. L'effet voyage. L'effet de se retrouver et de se rappeler notre adolescence. Vivre le moment alors qu'il est encore temps. Le plus difficile sera ici, seul dans mon appartement. Alors que j'écris ces lignes, mes voisins sont sur leur balcon et ils fument un joint. L'odeur m'enivre toujours autant, mais le désir de me retrouver comateux dans mon divan n'est plus pressant. Je crois que je suis sur la bonne voie. Plus de manque physique. Je n'y ai même pas pensé à l'autre bout de l'océan.

J'ai eu de la difficulté à rencontrer des hommes au Portugal et en Espagne. Je me rends compte que les Québécois sont bien plus dégourdis. Là-bas, on préfère discuter et s'exciter par texto, puis disparaitre après satisfaction. La rencontre ne semble pas primordiale. Étrange. Ça n'a fait qu'augmenter mon désir envers les hommes. J'ai flanché vers trois heures du matin à Madrid, ville que j'ai détestée sous toutes ses formes. Un petit puceau de 20 ans. Je l'ai rencontré devant mon hôtel, puis il m'a suivi dans une ouverture de garage sombre où les passants pouvaient tout de même nous voir. Je l'ai sucé. Puis, il m'a demandé s'il pouvait me sucer. J'ai accepté, la tête un peu ailleurs. Mais je me suis pris rapidement au jeu, me transformant en mec macho et viril, lui défonçant la gueule à coups de bite, comme on me l'avait fait si souvent. Il a adoré. Je ne peux pas dire que j'ai détesté ça. C'est peut-être un premier pas vers le rétablissement d'un équilibre dans ma vie sexuelle. Le partage. Savoir donner, mais savoir également recevoir.

Je commence à avoir hâte de retrouver une relation de couple, une certaine intimité, un certain trésor caché. Il faut laisser le temps prendre sa place.

Demain, déjà le retour à la routine. Dans un Montréal que je ne reconnais plus. Un Montréal en feu et à sang, où les policiers deviennent de véritables tirants. Quelle ironie quand on pense que le 6 mai, je fêtais l'élection de François Hollande en France. Le sentiment de voir Sarko partir... ce serait le même sentiment envers Charest. Il est temps qu'il foute le camp. J'encourage les étudiants et les citoyens à continuer à décrier ce gouvernement de merde.

Alors, voilà. Je me sens choyé d'avoir pu profiter de ses vacances. J'ai aussi rencontré un ancien éditeur, quand j'avais publié à Paris il y a déjà 10 ans. Vous savez, le livre Pile ou face ? lol De bonnes conversations avec cet homme de lettres si intéressant à écouter. Peut-être même des ouvertures possibles. Mais chaque chose en son temps. Je n'oublie pas mon Québec, je n'oublie pas mon éditeur chez VLB. Il a la priorité. De toute façon, je ne pense pas à la publication pour l'instant. Mon premier défi est de réussir à écrire un roman et de le terminer. Il m'aura fallu beaucoup plus de temps que je ne l'espérais. Sûrement à cause du sujet. J'ai lu quelques passages à mes amis à Lagos. J'ai aimé leurs réactions. Mais bon, ce sont les amis. Ils ne diront jamais que c'est nul à chier.

Alors voilà. Je me retrouve « After the fall » comme le dirait si bien Norah Jones. Un sentiment étrange, une espèce de lueur vers l'avenir et la vie. Les idées sont claires, l'écriture fait encore partie de mes projets. Et ça, je crois que c'est la meilleure nouvelle que je pouvais m'apporter à moi-même.

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