Somebody That I Used To Know

Les dernières semaines sont un peu le reflet d’une préparation psychologique qui se crée tranquillement en mon être. Je voudrais aller plus vite, tout régler plus rapidement, mais je sais que je dois y aller pas par pas.

Quand je regarde où j’en étais l’an dernier à pareil date, je me trouve bien insouciant. Je pensais réellement qu’une relation sans fin pouvait exister. Je croyais sincèrement que l’accord sexuel entre deux personnes pouvait défier le temps. J’avais raison, en soi, mais j’avais oublié une donnée essentielle; l’accord sexuel peut bien défier le temps, mais il ne peut rien contre la rencontre des gens que nous amène sans cesse cette ligne du temps.

Il y a un an, le 10 mai 2011, le décompte s’annonçait. En fait, il s’annonçait depuis 2005 (dès qu’on commence à aimer, on commence à se quitter), mais c’est quand j’ai vu la petite routine s’écrouler que j’ai commencé à comprendre. Seulement là. Après avoir enduré que mon ex vive sa vie de célibataire devant mes yeux depuis plus d’un an. Je me disais sans cesse : ce n’est pas grave, il revient à la maison, il revient baiser, il vient me voir moi, deux à trois fois par semaine parfois. Même ma colocataire de l’époque en ajoutait une couche en me disant que notre histoire n’était pas finie. Mais les histoires ne finissent jamais vraiment…

J’ai assumé le fait d’avoir détruit un couple, pas vraiment par vengeance, mais plutôt en me disant que je rendais service, puisque l’infidélité était un bon indice pour voir que le côté solide de la relation ne fonctionnait que d’un bord. Je ne savais pas encore que j’avais terminé de « gagner du temps », que la jouissance finale allait arriver bientôt.

Le mois de mai s’est déroulé comme un charme… jusqu’à la fin du mois de juin, où j’ai tout de suite ressenti que le mensonge planait. Il fallait être aveugle pour ne pas le voir. Du jour au lendemain, la disparition de l’autre. Plus de nouvelles. J’avais déjà vécu le « feeling » deux fois auparavant, avec le même garçon prévisible. Je me souviens lui avoir fait une petite morale après son aveu de la fin juin. Je ne sentais pas encore que j’allais être « remplacé ». Mais on est tous remplacé un jour. Et dès que je me suis fait annoncer qu’il n’y aurait plus d’intimité entre nous, j’ai tout envoyé balader. Je me suis roulé un gros joint et je me suis dit que j’allais aller le pleurer une dernière fois dans mon bain. C’était en juillet dernier. Je n’ai plus jamais pleuré pour lui ensuite.

Mais même lorsque les larmes ne sont pas apparentes, le poids du passé refait facilement surface. Souvenirs, images, photos, vidéo sexuel, recherche d’un partenaire semblable. J’ai rencontré plusieurs personnes par la suite, pour tenter de trouver une parcelle du passé dans la peau douce de ces garçons qui m’ont côtoyé un soir, un mois ou un trimestre. Je me suis trouvé des amants, des amis, des déceptions, des illusions. J’ai dû me sauver de certaines personnes trop insistances, j’ai dû m’éloigner d’autres qui ne convenaient plus à mon intérêt du moment. J’ai joué le jeu du « gai » qui veut s’amuser et qui ne rappelle plus par la suite. J’ai joué ce mauvais rôle, comme je l’ai vécu souvent également.

Et dans la dernière année, quelques lueurs tout de même. Une relation plus soutenue, de quelques mois. Une bonne entente. Un sentiment soudainement plus libre. Oublier peu à peu l’autre. Mais on ne peut jamais rayer complètement celui qui a partagé six années de notre vie.

Il m’est arrivé de le croiser une fois dans le métro, de ressentir cette sorte de boule à l’estomac, cette chaleur aux joues. En un clin d’œil, j’aurais pu l’enfoncer dans un coin, pour le violer, pour le toucher, l’embrasser, laisser mon désir filer et me foutre du reste. Mais la gêne, le respect, ou cette retenue qui nous indique que les temps sont révolus, que l’autre partage maintenant son lit avec quelqu’un qui n’a plus rien à voir avec nous…

C’est à ce moment que je me suis dit que la solution était bien simple. Il ne fallait plus jamais le voir. Il ne fallait plus jamais le croiser. J’ai réussi jusqu’à tout récemment. Pour me rendre compte qu’une simple conversation téléphonique pouvait me faire retomber dans le passé, dans cette situation d’attente non comblée.

Tout ce que j’ai créé autour de moi dans la dernière année est en réaction à cette disparition. La plupart de mes actes sont des réponses à cette perte. Le grand extrémiste à son meilleur. J’ai cherché à me perdre, comme avant, quand je me perdais en couple parce que je ne pouvais plus être seulement moi. Chercher à combler le temps avec la présence de l’autre en 2006. Chercher à combler le temps à cause de l’absence de l’autre en 2012.

Mais les jours finissent par passer, on finit par rencontre une autre personne, des autres hommes qui ont des idées aussi « twisted » que mon ex. Des hommes qui ont naturellement le besoin de se sentir supérieur, de prendre les décisions. Des hommes qui ont un beau sexe et tout ce qu’il faut pour me convaincre de m’abandonner à eux. Le temps file, et je ne serais pas surpris de revoir mon ex et de ne plus avoir envie de lui. Ou du moins, pas aussi instantanément.

Il me manque deux choses pour guérir complètement. Une bonne cure de désintox générale, mais aussi, un exil. Un exil pour aller retrouver les amis d’avant. Ceux qui étaient là avant Luc, ceux qui connaissaient ma lumière et ma joie.

Ça me fait penser que je suis allé dans une conférence sur Yourcenar jeudi dernier, une conférence donné par Achmy Halley, quelqu’un dont j’ai connu l’intimité avant même de le rencontrer (j’avais vécu à Paris chez lui à 17 ans, sans qu’il n’y soit). Mais ma rencontre de la soirée a été définitivement celle avec une ancienne enseignante; Élène Cliche. Ça devait faire six années que l’on ne s’était pas rencontré. La dernière fois, c’était en 2005, alors que j’étais venu dans son bureau pour lui demander une lettre de référence pour partir à Aix en Provence.

Jeudi dernier, elle était toujours aussi expressive, me parlait au creux de l’oreille avec une voix portante, comme si elle donnait un cours. Elle m’a trouvé lumineux. Je me suis senti imposteur. Ce sourire et cette lumière dans mes yeux, c’est le mécanisme de défense le plus adéquat pour cacher mes émotions aux autres. Ça m’a tout de même apaisé de me faire dire de beaux compliments. Peut-être que la douleur dans mes yeux disparait de jour en jour. Peut-être qu’un jour la place sera enfin libre.

Pour le moment, je compte les jours. Je compte les jours avant de quitter le pays pour un bon moment.

 

Now and then I think of when we were together
Like when you said you felt so happy you could die
Told myself that you were right for me
But felt so lonely in your company
But that was love and it's an ache I still remember

You can get addicted to a certain kind of sadness
Like resignation to the end, always the end
So when we found that we could not make sense
Well you said that we would still be friends
But I'll admit that I was glad it was over

But you didn't have to cut me off
Make out like it never happened and that we were nothing
And I don't even need your love
But you treat me like a stranger and I feel so rough
No you didn't have to stoop so low
Have your friends collect your records and then change your number
I guess that I don't need that though
Now you're just somebody that I used to know

Now you're just somebody that I used to know
Now you're just somebody that I used to know

[Kimbra:]
Now and then I think of all the times you screwed me over
Part of me believing it was always something that I'd done
But I don't wanna live that way
Reading into every word you say
You said that you could let it go
And I wouldn't catch you hung up on somebody that you used to know

[Gotye:]
But you didn't have to cut me off
Make out like it never happened and that we were nothing
And I don't even need your love
But you treat me like a stranger and I feel so rough
And you didn't have to stoop so low
Have your friends collect your records and then change your number
I guess that I don't need that though
Now you're just somebody that I used to know

Somebody That I Used To Know - Gotye

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