Chacun son tour

Eh bien, voilà. J’ai 28 ans. Pas de grand choc nerveux, pas d’angoisse à voir le chiffre 30 se rapprocher de plus en plus. Seulement cette impression que la vie roule et que je suis un passager fantôme. Mais bon, je suppose que c’est ce que ça fait à la plupart des gens qui travaillent à temps plein.

Mes grands chums m’ont amené manger au restaurant l’Europea. Belle soirée, bonne bouffe (quoique le truc du resto, c’est surtout de t’offrir des petites bouchées une à la suite de l’autre, histoire de te bourrer pour le repas principal qui est somme toute assez miniature !). J’ai passé tout de même une très belle soirée et ça faisait du bien de revoir les boys. La prochaine étape est LES soupers de famille. Eh oui, ma grand-mère m’a carrément coincé pour « m’obliger » à venir souper chez elle vendredi soir. On sait assez facilement d’où vient mon caractère dans la famille !

Je ne me sens pas très bien dans ma peau ces derniers temps. J’ai beau avoir recommencé à aller au gym, je sais que ce n’est pas assez; ce n’est pas assez pour contrebalancer les longues journées de travail assis devant un ordinateur, et souvent le vin qui s’en suit. Je me sens sur une corde raide, comme si je voulais m’échapper de ma vie et de mes obligations. On me disait que tout est une question d’adaptation, mais je me rends compte que ce n’est pas le travail qui me déplait tant que ça, c’est surtout le fait d’y consacrer 38 heures par semaine; c’est un peu comme se sentir condamné. Et souvent, je me pose la question : ai-je réellement besoin de ça dans ma vie ? Je réussissais pourtant à bien vivre sans travailler à temps plein, d’autant plus que dans ce temps-là, je dépensais quand même de l’argent rapidement avec ma consommation. Ah! Le passé…

Ce passé que j’ai décidé de tuer, complètement. Il était temps, oui, il était temps. Je suis quelqu’un qui s’accroche trop; un petit enfant égoïste qui veut toujours avoir ce qu’il a eu. Mais ce qu’il a eu n’est plus. N’est plus depuis près de deux ans et demi. Et je me demande encore comment surmonter ça, comment faire en sorte de me sortir une personne qui revient chaque jour dans mes rêves, qu’ils soient sexuels ou non. J’ai pris la décision de le bloquer sur Facebook. Parce que Facebook est la pire des merdes pour ce genre de choses. La curiosité est trop forte, on veut toujours voir la nouvelle photo, voir le nouveau statut, voir la nouvelle vie de l’autre, de celui qui réussit à respirer sans nous, sans même se soucier que notre souffle manque parfois. Il le fallait. Il le fallait, parce que je n’allais jamais m’en sortir. Je sais comment c’est. Si une personne que j’aime ne quitte pas ma vie radicalement, je vais toujours y revenir. Et ces deux dernières années me le prouvent; impossible de vivre entièrement ma vie en sachant ce que l’autre vit, ce qu’il fait, ce qu’il voit, ce qu’il mange, ce qu’il baise. Je lui ai donc écrit un courriel pour expliquer mon action. Un courriel qui restera sans réponse, un courriel digne d’une cérémonie officielle d’adieu (la millième peut-être). Mais cette fois-ci, il n’y a plus une once d’espoir (et je suppose que c’est tant mieux). Parfois, je me dis que ça se serait mieux passé s’il était mort, mais je dis n’importe quoi, parce que je ne sais pas comment je m’en serais sorti après ça. Je crois qu’il vaut mieux savoir que l’autre a cessé de nous aimer. Ça fait mal, mais on se dit que c’est sa faute à lui, et que ce n’est pas les aléas du hasard qui nous enlèvent une personne que l’on appréciait.

Cette histoire ne sera jamais totalement terminée. Tout comme l’histoire avec Jean-François ne sera jamais finie. Tout comme cette histoire plus douce avec Sébastien et Tania. Mais là, je sens les tictacs de l’horloge qui tournent. Le temps file, et bien que les rencontres ne soient pas toujours agréables, je sais que je n’ai d’autres choix que de continuer. Si je baisse les bras, c’est comme si je tournais le dos à l’amour. Mais c’est difficile, très difficile. Se rendre simplement à une deuxième rencontre est difficile.

C’est ce qui s’est passé en fin de semaine, dimanche à 4h du matin. J’ai revu le jeune père que j’avais rencontré il y a une semaine. Il est venu faire dodo contre moi. Et c’est là que ça m’a frappé : le manque des baisers, le manque de cette main dans les cheveux, de ses doigts qui glissent sur le corps de l’autre. Une nuit (un matin) étrange. Où il s’est vite endormi, prenant la place entière dans le lit et ronflant de fatigue ou d’alcoolisme. Je n’ai pas réussi à fermer l’œil avant 8h du matin. Et ce n’est pas par défaut d’avoir essayé de le pousser un peu pour réclamer ma place de lit. Impossible de le bouger. Il revenait sans cesse vers moi. J’ai abandonné, comme si je lui laissais le droit d’envahir ma bulle personnelle pour ce moment. J’en ai profité pour le regarder dormir. Regarder un homme dormir, un homme qui s’abandonne. C’est comme le regarder jouir. Il y a quelque chose de pervers et d’indiscret.

Mais bon, nos chemins se sont vite éloignés vers 11h. Peut-être que j’ai été trop direct en lui disant que je n’avais pas réussi à dormir. Et pourtant, je m’en foutais. J’avais serré le corps d’un homme quelques heures dans un lit, chose qui ne m’était pas arrivée depuis le mois de juillet quand même. Chose que j’avais oubliée, carrément. Maintenant, le dilemme est là; je recommence à m’ennuyer de cette chaleur humaine dans mon lit, l’hiver arrive en prime et me voilà tel un célibataire invétéré.

On dit souvent que c’est chacun son tour en amour. Eh bien, j’ai hâte que ce soit le mien.

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