La vie de gai, c’est compliqué

Je pense qu’il va me falloir une raison. J’ai comme l’impression que je ne vivrai jamais plus une relation aussi intense avec un mec. Okay, je suis peut-être défaitiste, mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Les histoires d’âmes sœurs, ça doit arriver deux fois maximum dans une vie, et si je regarde vers l’arrière, si je fais le calcul, ben c’est ça. Mes deux chances sont déjà passées. C’est la vie, c’est comme ça, je ne regrette rien du passé et il faudra bien m’accoutumer à vivre cette vie où les gens passent et s’éloignent aussi rapidement.

Et en même temps, on peut me jeter la pierre. Parce que c’est mon « feeling », c’est moi qui le crée et le propage. Je ne sais pas trop quoi en penser honnêtement. J’ai longtemps pensé qu’en cherchant quelqu’un de similaire à mon ex, j’allais réussir à trouver un « remplaçant », quelqu’un qui allait pouvoir me dominer et m’exciter comme dans ma relation passée. Mais je me rends bien compte que la domination et l’excitation sexuelle peuvent survenir, sans que l’amour y soit. Alors, voilà. Je me retrouve comme un con devant une constatation limpide : ce n’est pas la satisfaction sexuelle qui fait l’amour, ce n’est pas le désir envers une bite qui crée les liens et l’intimité.

Je suis heureux d’être allé voir tout de même. Parce que, veut, veut pas, je me suis longtemps dit que si je réussissais à retrouver un homme capable de me remettre à ma place dans le lit, j’allais évidemment retrouver l’amour. Eh non, les cartes de la vie ne sont pas aussi distribuées facilement. J’ai eu beau vivre une sexualité intense, presque encore plus intense qu’avec mon ex, je n’ai pas trouvé le lien direct avec l’autre. Comment obéir à 100% à un inconnu ? Comment réussir à se laisser emporter par ce jeu si envoutant quand il n’y a pas d’autres liens avec l’autre. Je pense que je devrai m’y faire. La constatation est là : il faut que je tombe amoureux avant même de pouvoir explorer une sexualité plus débridée. C’est triste quand j’y pense, mais en même temps, c’est la logique des choses. J’aurai beau répéter tous les trucs salaces que j’ai réalisés avec mon ex, ce ne sera jamais la même chose. Ce ne sera jamais deux fois la même histoire.

Et bien que j’aie eu une excitation sexuelle assez forte à me soumettre comme cela. Ce que j’ai retrouvé, ce sont les yeux dominateurs de mon ex. Ce sont ses paroles crues dans la bouche d’un autre. Ce sont tous ces gestes obscènes qui me parlaient tant avant, et qui deviennent presque des paroles surréalistes lorsqu’elles sont prononcées par un autre.

Je sens bien que je ne sais pas ce que je veux. Je sens bien que je devrais m’arrêter encore une fois et faire le point. Mais vous savez vers où le désir peut nous entraîner… En même temps, je ne regrette rien. J’ai joué au « dirty boy » avec une rencontre, et aujourd’hui, je me rappelais parfois ses ordres et ses réflexions. Il y avait quelques choses d’excitant dans ces images qui me revenaient d’outre-tombe.

En plus, le monde gai est trop minuscule pour jouer aux innocents. À Montréal, on peut dire qu’on se partage le bassin de mecs, et donc qu’inévitablement, on baise tous les uns avec les autres. La réponse se cache peut-être ailleurs. Dans le fin fond d’une petite ville inconnue. Mais c’est utopique. C’est aussi utopique que de penser que l’on va rencontrer quelqu’un fait pour nous. J’ai l’impression d’être un explorateur à la recherche de ma perfection, mais j’ai beau avoir tout ce que je désire, il y a quelque chose qui accroche, qui ne colle pas. C’est probablement le fait des souvenirs, le fait de rester avec l’image des mêmes ébats sexuels, mais avec le sentiment en prime.

En d’autres mots, rien ne sert de chercher ce qui m’excitait avant, ça fait juste me rappeler ce que j’ai perdu dans ma vie. Quoi faire, alors ? Eh bien, je n’en sais rien. Continuer, peut-être. Continuer jusqu’à ce qu’un jour l’horizon s’ouvre devant moi, jusqu’à ce que je puisse voir dans les yeux de l’autre ce désir mutuel que je cherche tant.  Après cela, les folies au lit pourront bien s’exprimer, même peut-être plus naturellement. Ça reste à voir. Mais il faut que je me résigne. Impossible de vivre deux fois la même histoire. Même si on répète chaque geste, chaque parole et même si l’on regarde les yeux de l’autre comme celui de jadis, comme celui du passé.

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