Au revoir

HIER (enfin, ce matin)

1h40 du matin, impossible de me coucher sans écrire. Je sais que je vais le regretter demain matin, mais je m’en fous. Après bientôt trois mois sans se voir, nous nous sommes croisés. Concert de Metronomy. Je souhaitais intérieurement que ça n’arrive pas, mais je souhaitais que ça arrive en même temps.

Il suffisait d’une simple envie d’aller à la toilette, après avoir bu tant de bière… J’ai glissé mes doigts sur son visage, comme pour attirer son attention. Son parfum, son putain de parfum… tout de suite j’ai su que c’était lui. Je suis un homme rempli d’orgueil, fier, et je l’ai prouvé ce soir. Question générale… Tu as l’air de bien aller. (et dans ma tête : « tu es toujours aussi beau, aussi attirant ». Mais rien n’a glissé. Dès le départ, il m’a montré ce qu’il était, ce qu’il a toujours été : « je cherche du pot. Tu ne saurais pas où en trouver? ». Non. Je suis sobre depuis 30 jours. Il m’a raconté comment il s’était fait avoir à Berri-Uqam, par un faux dealer. Je ne peux même pas dire que je me suis dit « bien fait », car j’ai voulu écouter son histoire jusqu’au bout. Le voir me parler. Sentir encore son odeur. J’ai tenté par deux fois de lui souhaiter bonne soirée et de quitter, mais quelque chose me clouait au sol. Il voulait me raconter son histoire plus tard. Mais je sais que c’est du vide. Il n’y a plus rien à raconter. En le quittant, je n’ai même pas pensé à l’embrasser sur les joues. Deux baisers d’adieu. Ils n’ont pas eu lieu.

La vie qui file en une seconde. Revoir son passé si rapidement, se dire que malgré cette entente si spéciale, il n’y a plus rien. Il n’y a plus d’espoir de le retrouver, c’est fini depuis si longtemps. Malgré les rêves, malgré ces images qui viennent troubler ma tête lorsque je suis dans un profond sommeil : Luc est là. Il peut me cracher au visage, me pisser dessus, j’en jouis encore dans mes rêves semi-éveillés.

Je n’ai pas osé lui donner deux baisers sur les joues. Je n’ai pas osé mettre le terme final à tout cela. Et pourtant, cette soirée aurait été le meilleur « timing ». Pour dire au revoir. Pour humer ce parfum d’homme dans ce corps d’enfant. Ça n’ira pas plus loin. Ça ne peut pas aller plus loin, vu les circonstances, vu notre ancien déclin.

Je suppose qu’il s’agit d’un rite de passage. Revoir l’ex et s’en souvenir. Revoir l’ex dans ses rêves; entouré de pénis à la carte, de pilules d’ecstasy… les images d’un homme sobre. De quelqu’un qui sait que malgré tout l’amour qu’il y a pu avoir, le vide prédomine. Il est là, sombre, intrigant et plein de promesses

La distance. Ce mot si facile en tant que décision, et si ardu lorsqu’il s’agit de couper les ponts. Viens vers moi Luc. Viens me dire ton propre au revoir.  Impossible hein ? Impossible comme garder éternellement le souvenir de l’autre; un souvenir, une odeur, une attitude, un morceau de vêtement.

Le moment était parfait. Parfait pour les adieux, parfait pour une rancœur qui n’existera jamais. Je t’ai vu. Oui, je t’ai vu Luc. Et je me suis rendu compte que chaque fois que je te voyais, le but ultime était de coucher avec toi. Un jour, tu seras prêt sûrement, peu importe ta conviction. Il n’y a pas d’espoir de te retrouver, c’est plutôt le désir d’en voir un autre, de vivre d’autres expériences hors du commun : le chemin de la vie qui s’ouvre devant soi. Vierge. Vierge de la vie morose et sans rencontre, autre que celle qui s’ancre dans une douleur virtuelle.

Et si tu viens. Tu ne viendras plus jamais de toi-même. Parce qu’il y a tant de gestes qui n’existent pas.

 

AUJOURD’HUI (enfin, ce soir)

Gros mal de tête avec tout l’alcool ingéré hier. Besoin de s’évader, encore et toujours. Mais je me suis rendu compte que le simple fait de revoir mon ex m’avait joué dans la tête. Un peu trop, encore un peu trop.

Il y a six ans, avant de rencontrer Luc. J’étais en peine d’amour d’un garçon hétéro au nom exotique. Et c’est en fréquentant Luc que j’avais pris la décision de bannir cet amour hétéro, cet amour impossible.

J’ai revu Luc, ce soir. 40 minutes, tout au plus. Je suis allé dans sa chambre étudiante. J’ai cru me revoir quand je vivais à Aix-en-Provence. J’ai rencontré son nouvel abyssin. Eh oui, la vie se reforme vite. Pour ceux qui en sont capables, pour ceux qui sont paresseux également. Nous avons discuté; lui sur le lit, moi sur une chaise. Distance. Distance voulue. Je l’ai écouté me parler de son chum, de son chum, des colocs de son chum, de la famille de son chum, de la job de son chum, du sexe avec son chum… Et je me suis revu, il y a deux ans déjà, alors que cette même histoire se déroulait. Alors qu’il me regardait dans les yeux en disant aimer son nouvel amour, chose qu’il réfute ardemment aujourd’hui.

15 minutes avant mon départ, je n’ai pas pu résister à le tester. Je me suis approché du lit. À vrai dire, j’étais à genoux sur le plancher; une position que j’ai tant connue avec lui. Mais il n’y avait rien à faire. Il n’y a plus rien à faire. Je me suis levé devant lui, j’ai caressé sa barbe de quelques jours, j’ai joué dans ses cheveux, observer son regard si juvénile et si dominant à la fois. J’aurai tout tenté, comme l’homme au désespoir que je ne voulais pas être. Mais je savais que je devais aller jusque-là, histoire de me prouver qu’il était temps que les adieux se fassent. Il n’a rien pris au sérieux évidemment. Lançant même que l’on pourrait se revoir quand je serais décroché de lui. Mais on ne décroche pas de lui si facilement. Alors, j’ai répliqué que c’était impossible, voire peut-être dans 10 ans. Il s’est mis à rire, en me disant que j’exagérais bien sûr. J’ai toujours été dans l’exagération avec lui.

5 minutes avant le départ, j’ai mis mon manteau et mon foulard. Voilà. C’était l’heure. L’heure de le revoir une dernière fois. L’heure de constater qu’il s’agissait de la première et unique fois que l’on n’avait pas fait l’amour en se voyant.

Cette fois-ci, je l’ai serré dans mes bras, parce que je savais bien que je refermais le chapitre. Trois baisers sur les joues, juste pour garder encore un peu en tête l’odeur de son cou. Il a lancé « on se jasera une fois de temps en tête », et j’ai dû encore repousser cette idée. Je ne peux plus être son phare s’il n’est pas le pilier que je recherche dans ses culottes. Et j’ai osé le rechercher une dernière fois. Glissé furtivement les doigts vers son pantalon de jogging, caressé ce sexe au repos comme pour lui dire adieu.

Quand je me suis retrouvé sur le palier de la résidence, je me suis dit que ça y était. J’ai vu sa nouvelle vie, j’ai vu qu’il n’avait pas changé d’une miette, mais j’ai surtout vu que mon attirance envers lui ne pourrait jamais s’estomper.

Il y a six ans, je commençais une relation avec lui. Aujourd’hui, elle est terminée. Et l’ironie de la vie veut que demain, oui, oui, dès demain; je revois cet amour hétéro, ce garçon que j’avais mis de côté parce qu’il aimait trop les femmes et n’était pas constant. Je vais prendre un verre avec Miguel demain. Le signe est limpide.

La boucle est bouclée.

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