Quand la décision était déjà prise

C’est difficile pour moi de venir écrire ici. Non, il n’y a rien de sentimental dans ce que je vais dire. C’est simplement que le fait de travailler sur un ordinateur avec des mots à longueur de journée est terriblement « drainant » et mon énergie baisse vite quand je me retrouve devant l’écran le soir. Tant de choses à dire, tant de constatations qui s’envolent et que je ne peux retenir parce que le travail doit surpasser tout. Mais je suis loin de m’apprêter à écrire une plainte, au contraire, la lumière est tout prêt.

Si j’avais su que le travail à temps plein allait me faire oublier mon ancienne relation, j’aurais trouvé cela trop facile. Mais c’est bien l’impression que j’en ai à présent. Ça et l’impression que je n’ai plus de vie, mais quelle était-elle donc cette vie que je pensais avoir ?

J’ai revu mon hypnotiseur pour la dernière fois mardi soir. Ce fut bref, mais j’ai fait affaire avec un homme qui m’a donné l’impression de reconnaître la sensibilité et l’intelligence en moi. Comme un adulte qui en considère un autre. J’ai préféré cette deuxième, et dernière, session à la première. Savoir à quoi on s’attend un peu. Être encore plus en confiance. Je lui ai même raconté que je me demandais si cet arrêt drastique d’un plaisir d’adolescence était seulement lié au fait de payer un hypnotiseur pour y arriver. Mais c’est lui qui m’a devancé en me signifiant que j’étais prêt à suivre la bonne voie, que j’avais simplement besoin de venir faire quelque chose d’officiel avec lui avant de repartir et de réussir ma vie.

La grande question que tous se posent à présent : est-ce que ça marche être hypnotisé ? La réponse vient en deux temps, car c’est toujours relatif. Si on cherche à se faire « surprendre » ou vivre des expériences de foule à la Mesmer, c’est sûr qu’on n’est pas au bon endroit dans un bureau d’hypnotiseur où il n’y a pas de spectateur. Claude Lavoie (je peux bien le nommer, si ça peut lui faire de la publicité positive) m’a expliqué plusieurs choses à propos de l’hypnotisme de scène et de l’influence de la foule sur la perception humaine. En fait, après notre séance d’hypnose, je suis resté tout de même un bon 30-40 minutes à discuter avec lui. C’est comme s’il savait qu’il n’allait plus me revoir et moi aussi, c’est peut-être comme si je lui faisais un témoignage de remerciement, je ne sais pas. Bref, il y a plusieurs légendes qui circulent sur l’hypnotisme. Vous savez, quand Mesmer fait oublier un chiffre à Claude Legault, même s’il ne lui disait pas de s’en rappeler, ce dernier s’en serait souvenu le lendemain. L’hypnotisme de scène dure quelques heures, tout au plus. L’hypnotisme thérapeutique, avec des séances répétitives, peut vraiment aller dans les profondeurs d’un être corriger une certaine valeur ou un trait non voulu. Mais il ne faut pas rêver de magie; ceux qui pensent se rendent chez un hypnotiseur pour éliminer un problème ou un trait de caractère pointu seront peut-être déçus. Je dis ça, mais en même temps, c’est exactement ce que j’ai fait, et voilà où j’en suis. Je n’ai pas retouché au vice. Je n’ai pas eu une seule pensée qui m’aurait poussé à me débrouiller pour en trouver. C’est comme si ma tête avait complètement rayé cette idée de mon cerveau. Étrange, presque mystique. Bref, j’ai adoré mon expérience et je suis heureux de l’avoir vécu. Il m’arrivera encore de fumer quelques cigarettes lorsque j’aurai bu de l’alcool, mais mon hypnotiseur m’a dit de laisser passer quelques mois pour voir comment tout cela allait se passer. Il m’a invité à revenir le voir quand j’allais être prêt à passer à cette deuxième étape. C’est fou, mais je me suis senti vraiment en confiance. On craint toujours un peu de se faire dire qu’il faudra des dizaines de sessions ($$$) pour y arriver, mais cet homme était la représentation même de l’honnêteté et du scientifique qui s’intéresse à la psychologie humaine.

Et ça fait quoi d’être hypnotisé ? Eh bien, ce n’est pas un exploit extraordinaire. Comme on dit, on reste conscient de son corps et on ne fait rien contre son gré. Il ne faut pas voir l’hypnotisme comme une manipulation humaine, et quand Mesmer fait dormir quelqu’un en 2 secondes au simple son de sa voix, c’est surtout parce qu’il est déjà connu de cette personne, et donc déjà dans le processus de l’influence psychique.

 

Et sinon, comment va le travail ? Eh bien, je m’intègre facilement, je comprends le processus, la seule chose qui me rend un peu lent… c’est la traduction. Évidemment ! Je n’ai aucune connaissance ou technique de traduction, donc je me contre-vérifie énormément, mais en deux toutes petites semaines, je dois dire que je vois déjà les progrès et l’avancement. Le mauvais côté de la médaille ? Je réfléchis en anglais et quand je parle, je mélange les deux langues. Ça me rend un peu étrange aux yeux des autres, des autres qui savent que j’ai une maîtrise en littérature française… Mais bon, on s’habitue, on s’habitue à tout. Première paie demain. Et je sens que le gouvernement va s’en donner à cœur joie. La seule chose qui me dérange ? Le fait d’être dans un certain « Big brother » de la production de masse. Tout est calculé à la seconde près, que ce soit le temps de traduction, le dîner, l’entrée le matin, la sortie le soir, les pauses, le compteur tourne toujours, il note combien de mots sont traduits à la minute, à l’heure, à la journée. Dans 3 mois, je devrai avoir atteint un niveau de productivité très élevé, mais vous savez ce que je me dis? Si ce n’est pas assez pour eux, eh bien basta ! Mais honnêtement, je n’ai rien à redire sur les gens que je rencontre. Quand tu dis qu’il n’y a pas encore une seule personne chiante dans ce bureau, c’est soit qu’elle est bien cachée ou soit qu’elle n’existe pas. C’est à suivre !

Et côté cœur ? Je vais être honnête : je reçois des propositions chaque jour, que ce soit pour de l’amitié, du sexe, des relations, des « dates », de l’alcool, des plans. On cherche à vouloir me rencontrer, mais je fais mon difficile. Peut-être trop, je ne sais pas. J’ai décidé d’attendre au 15 octobre. Parce que je dois rencontrer un garçon qui me plaît sur Internet. Il lui reste une chance. Une seule. On devait se voir lundi dernier, mais il a annulé. On dirait que j’attends de le voir avant de passer à autre chose. C’est comme si le destin me titillait et me disait; peut-être, qui sait ? Mais bon, les fameuses attentes… pour ce que ça vaut, si je le rencontre, je vais peut-être craquer pour lui, alors que ce ne sera pas le cas de son côté.

J’ai encore beaucoup de difficulté à me faire confiance. À faire confiance à mon charme et à mon corps. C’est toujours un processus très long. C’est la peur de soi-même, la peur de décevoir l’autre. Physiquement surtout. Je sais que le monde gai est très sexuel, toujours porté sur la perfection du corps. Je sais que je suis aussi très pointilleux sur ce que je « pense » désirer. Mais depuis que j’ai arrêté de consommer, je sens que c’est une question de temps avant que la confiance ne reprenne le dessus. Avant que je me lance pour de bon. J’espère juste que quelqu’un saura me cueillir à point et me rendre encore plus fier de moi. Ça, c’est l’avenir qui le dira.

J’ai recommencé à écrire. Un peu. Trois chapitres déjà. Des idées qui recommencent à me donner des frissons créatifs. Peu à peu, je me redéfinis par et pour moi-même. Je ne vis plus dans l’ombre d’un autre. Le temps efface tout. Le temps est lent. Bon Dieu que ça aura pris du temps. Mais c’est la beauté de la vie, je suppose.

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