Effacer le temps

Ouvrir l’armoire. Tout étaler sur le comptoir de la cuisine. Faire le tri. Des restes. Des miettes. Des choses qui t’appartiennent. Prendre un sac vert. Jeter. Jeter les vieux tacos qui sont mous depuis des mois. Jeter les restes de couscous, de graines sésames, de noix de cocos. Jeter la mélasse périmée depuis 2008. Jeter toutes les nouilles sèches qui ont passé leur vie à l’air, le sac déchiré. S’attaquer ensuite aux épices inutiles, aux épices qui ne gouteront plus, car il y a des années que nous les avons achetés ensemble, heureux, au marché Jean-Talon, alors qu’on ne vivait même pas dans le coin encore.

Mettre des dizaines de pots de plastique au recyclage. Vider les salières où le sel est devenu granuleux, en mottons.

Et regarder cette petite boîte argentée. L’ouvrir, pour y découvrir du papier, une pipe, une rouleuse blanche qui est devenue jaune avec le temps. Une petite boîte où se trouvent encore des vestiges d’herbes vertes mélangées à du tabac. Lancer d’abord la rouleuse dans le sac de poubelles. Puis la pipe. Réfléchir un bon coup, revoir les souvenirs, ces soirées enfumées, ces longues fins de semaine que l’on surnommait les « fins de semaine de krach », se rappeler les mille et un desserts cuisinés, pour les trips de bouffe. Finalement, jeter la boîte argentée au complet dans les vidanges. Effacer le temps, le passé.

C’était la dernière étape à faire. La dernière étape pour rayer ce souvenir du « nous ». À présent, les images du passé seront définies de la même façon : un joint qui fume, deux corps sur le divan, deux corps qui mangent parfois des gâteaux, deux corps qui mangent parfois de la bite. La fumette pour le sexe. Un chapitre complètement génial de ma vie. Mais un chapitre fini. C’est fait. Je ne peux plus courir vers l’arrière. Je peux me rappeler les fabuleux orgasmes, en en espérant de semblables un jour peut-être, mais ils ne seront jamais identiques à ces moments-là. Et c’est le beau de la vie; les choses se répètent, mais ont toujours une identité propre. Les gens qui passent peuvent se ressembler, mais ils n’auront jamais les mêmes noms.

You just have to let him go

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